Face à face à Haïfa

Était-elle une femme libre, cette Golda Myerson, mieux connue sous le nom de Golda Meir, premier ministre d'Israël à la stature, tant physique que politique, si imposante? Qu'elle ait eu un amant arabe, Albert Pharaon, Palestinien vivant au Liban, relève, de prime abord, de la pure fiction. Le journaliste-écrivain, juif libanais, Sélim Nassib le raconte dans son roman, Un amant en Palestine. C'est pour le moins étonnant.

L'affaire semble bien documentée: il y a eu le double témoignage du petit-fils et de la nièce de Pharaon. L'affaire remonte aux années 20. Dans l'entourage de Golda Meir, on semble tout vouloir en ignorer. C'est que l'histoire, sauf à accepter les détours d'une humanité imprévisible, est plutôt incroyable. Dans cette affaire, on passe sans transition de l'ambiance de garden party à celle du champ de guerre.

L'ouvrage de Nassib est pourtant séduisant. De Golda Meir, il trace un portrait net: celui d'une femme volontaire et puissante, arrimée à un sol, comme on le sait, toujours déchiré entre deux nations. Mais comment ne pas l'imaginer, celle qui, née dans le ghetto de Kiev, a grandi librement à Milwaukee? Celle qui organise à onze ans son premier meeting? Celle qui, bien en chair, aura maintes amours et amants, et dont la passion la plus connue est, sans contredit, la volonté politique de bâtir l'État juif? Pharaon, banquier de second plan, incarne un pan secret, privé, du rêve sur ces terres. Un amour trahi, impossible, parce que sans partage ni reconnaissance de ce qui les distingue.

Cet épisode paradoxal met en scène moins des idées que des êtres. Rêves sionistes, désirs et pulsions s'y bousculent dans la construction d'une réalité qui refuse le compromis, l'harmonie. Chacun fait le siège de l'autre et monte à l'assaut pour dominer: personne ne triomphe dans un tel danger. Mais les camps en ressortent, du moins sous le regard de Nassib, sensible à cet amour paradoxal, un peu moins tranchés.

Un amant en Palestine

Sélim Nassib

Laffont

Paris, 2004, 225 pages