Nominations controversées au Prix France-Québec

Le Prix France-Québec n’est pas le plus prestigieux, mais il permet tout même aux gagnants de jouir d’une vitrine inespérée en France.
Photo: Photomontage Le Devoir Le Prix France-Québec n’est pas le plus prestigieux, mais il permet tout même aux gagnants de jouir d’une vitrine inespérée en France.

Les plus récentes nominations pour le très convoité Prix littéraire France-Québec provoquent l’ire de plusieurs auteurs et de plusieurs éditeurs au Québec. Non seulement les trois romans sélectionnés par le comité n’ont bénéficié que de très peu de visibilité au Québec, mais deux d’entre eux sont campés dans l’époque de la Nouvelle-France. Un choix « folklorique » qui ne reflète en rien la littérature québécoise d’aujourd’hui, s’indigne-t-on.

« Deux des romans en nomination ont des canots sur leur couverture. Ça ne s’invente pas. Je lis quand même beaucoup de livres chaque année, mais je n’ai jamais entendu parler de ces trois livres. Ce sont peut-être de très bons romans, mais c’est clair qu’il y a de grands oubliés », déplore Stéphane Despatie, directeur littéraire des Éditions Mains libres.

Le Prix France-Québec n’est pas le plus prestigieux, mais il permet tout même aux gagnants de jouir d’une vitrine inespérée en France. Depuis sa création, en 1998, la récompense a été remise à différents auteurs à succès, dont Guillaume Vigneault, Jean Barbe, Biz ou encore Anaïs Barbeau-Lavalette. L’an dernier, le prix est allé à Tristan Malavoy pour L’œil de Jupiter, qui avait profité au préalable d’une certaine notoriété médiatique.

Rien de tel, cette année. Les trois romans en lice se nomment Le jour où mon meilleur ami fut arrêté pour le meurtre de sa femme, de Louis-François Dallaire, 1542. La Colonie maudite, de Raymond Rainville, et L’étonnante destinée de Pierre Boucher, de l’ancienne journaliste Nicole Lavigne.

Même la maison d’édition de cette dernière, Québec Amérique, s’est dite quelque peu étonnée par ces nominations. « Il est vrai que les trois finalistes 2022 ont eu moins de visibilité à leur sortie » que les précédents lauréats, a-t-on reconnu par courriel. Québec Amérique défend toutefois la qualité littéraire de l’œuvre de Nicole Lavigne, vantant ses recherches approfondies sur la vie de l’explorateur Pierre Boucher, figure phare de la Nouvelle-France.

Ma cabane au Canada

Ce n’est pas la première fois que les nominations formulées par la Fédération France-Québec, qui décerne ce prix chaque année, soulèvent certaines interrogations dans le milieu littéraire québécois. Ancienne membre du jury, Marie Noëlle Blais se souvient que plusieurs de ses collègues français avaient du mal à s’intéresser à autre chose que les clichés datant de la période de la colonisation.

« Déjà à l’époque, je n’en revenais pas que des gens puissent penser que c’était ça, la littérature québécoise. Aujourd’hui, en voyant les nominations, j’ai l’impression de revenir en arrière. C’est d’autant plus étonnant que ce sont des livres dont on n’a jamais entendu parler. Je trouve ça triste, parce que ça ne rend pas justice à ce qui se fait de ce côté-ci de l’Atlantique », indique celle qui est aujourd’hui directrice littéraire aux Éditions du Quartz.

Yan Rioux, l’un des membres du comité de sélection, a refusé de se prononcer lorsqu’on lui a demandé s’il jugeait que les trois livres finalistes étaient à l’image de la littérature québécoise. En entrevue au Devoir, le directeur de la Librairie du Québec, à Paris, a indiqué qu’une vingtaine d’ouvrages faisaient partie de la présélection.

Divisée en différentes associations régionales à travers l’Hexagone, la Fédération France-Québec déterminera en novembre prochain lequel des trois livres finalistes est le vainqueur du grand prix censé récompenser « l’excellence du roman contemporain québécois ». Il n’a pas été possible de joindre la Fédération vendredi. Le ministère québécois des Relations internationales, qui finance en partie la bourse remise à l’écrivain primé, a dit prendre acte des critiques et promet d’en faire part à la Fédération.

Pour l’ancienne déléguée nationale du Prix littéraire France-Québec Jo Ann Champagne, il ne fait aucun doute que la distinction a perdu de son lustre. « J’avais remis ma démission en janvier 2021. Je ne voulais pas cautionner le non-professionnalisme de la nouvelle gouvernance. Les membres du jury professionnel que j’avais réussi à constituer des deux côtés de l’Atlantique ont aussi démissionné au même moment que moi », a-t-elle fait savoir par écrit.

À voir en vidéo