Quatre BD à se mettre sous les yeux

Une planche tirée de l’album «Adieu triste amour», de Mirion Malle
Photo: Pow Pow Une planche tirée de l’album «Adieu triste amour», de Mirion Malle

Confiance dans les relations de couple, incursion dans un mystérieux village, retour tumultueux dans les souvenirs d’un amour de jeunesse et fin du monde numérique… Le Devoir vous propose quatre bandes dessinées aux thèmes variés à découvrir.

Rester, c’est mourir un peu

Pour son deuxième ouvrage de fiction intitulé Adieu triste amour, Mirion Malle, autrice de bandes dessinées d’origine française, mais montréalaise d’adoption, s’intéresse, avec doigté et sensibilité, au thème de la confiance dans la relation de couple.

Ce à quoi nous avons affaire, ici, est une histoire toute simple, presque banale, dans laquelle Malle met en scène un personnage principal, Cléo, elle aussi autrice de bandes dessinées d’origine française vivant à Montréal. Elle se voit confrontée à une situation issue du passé, qui vient entacher sa relation de couple avec Charles : celui-ci aurait été plutôt lourd auprès d’une ancienne collègue de classe alors qu’ils étaient, elle et lui, encore aux études. Or, comme c’est souvent le cas, tout le monde semble au courant de ce qui serait vraiment arrivé sauf Cléo, qui ne cherche qu’à comprendre pourquoi son instinct lui dit que c’est peut-être plus sérieux que le cas typique d’un amoureux éconduit qui exagère un peu sur les messages texte…Bref, les versions ne collent pas et c’est agaçant.

S’ensuit alors une introspection qui permet à Cléo de laisser derrière elle ses propres bagages et, au passage, de peut-être découvrir qui elle est véritablement.

Un récit, donc, qui repose sur des dialogues particulièrement bien ficelés, un découpage clair et sans désir de révolutionner le genre, le tout supporté par un dessin totalement expressif, à la limite de la caricature.

Bref, clair et tout en subtilité avec une finale qui se laisse deviner quelques pages avant la fin.

 

Un angoissant retour à la terre

Après avoir tâté du jeu vidéo et de l’illustration, Jeik Dion s’est fait particulièrement remarquer pour son travail sur la série Turbo Kid, inspirée du film du même nom, ainsi que pour sa collaboration avec l’auteur Patrick Senécal pour l’adaptation particulièrement réussie, en bande dessinée, de son roman Aliss en 2020.

Pour son premier album solo, Chanson noire, Dion a décidé de maintenir le cap et continue à naviguer, pour notre grand plaisir, dans les eaux sombres du surnaturel angoissant en nous emmenant dans un inquiétant retour à la terre, dans le terroir québécois de la fin des années 1970.

La prémisse ? Un couple, composé de Dan, un auteur de bandes dessinées, et de Jeannine, qui est écrivaine, décide d’aller habiter dans une maison dont celle-ci vient d’hériter afin de créer, chacun, leur grande œuvre. Malheureusement pour eux, le village où ils débarquent, avec ses habitants qui sont tous célibataires, a de quoi apeurer.

Particulièrement inspiré par les œuvres de jeunesse de Stephen King — on pense ici à sa série de nouvelles intitulée Night Shift, publiée justement en 1978 —, Dion réussit avec assez de justesse à créer un univers angoissant, sans jamais nous dévoiler de quoi il en retourne vraiment, laissant constamment planer un mystère alourdi par un dessin brouillon (c’est ici une qualité) et nerveux, porté par une ligne sale à souhait.

À lire avec une lampe de poche, sous la couette.

 

Le feu et l’eau

Pour le troisième tome de son excellente trilogie se déroulant à Melvile, un village fictif qui pourrait se situer à la fois en Estrie et dans le nord-est des États-Unis, l’auteur belge Romain Renard, qui est aussi musicien, maintient le rythme dans cette conclusion tout à fait réussie, qui n’a rien à envier aux meilleures séries télé du genre que l’on peut voir sur les plateformes de diffusion en continu.

Dans L’histoire de Ruth Jacob, Renard met en scène un animateur de radio obligé de retourner dans ce village voué à l’inondation, après que l’on eut décidé d’y construire un barrage. Il doit donc aller liquider les dernières affaires de sa grand-mère décédée et signer quelques papiers. Évidemment, ce n’est pas aussi simple, alors qu’il se retrouve plongé dans un amour d’adolescence qui s’est mal terminé, et on comprend assez rapidement que son amoureuse estivale serait décédée dans un incendie. Mais, que s’est-il vraiment passé, cet été-là ?

Les dessins sont magnifiquement sombres et le récit nous empêche de poser l’album, que l’on doit finir d’une traite.

Lentement, mais sûrement

 

Voilà une expression qui caractérise parfaitement le troisième tome de la série de science-fiction Bug, entamée par le maître du genre, le Français Enki Bilal, dont la première partie a été publiée en 2017.

On se souviendra que Bug met en scène un genre de fin du monde numérique, en 2041, alors que tous les systèmes informatiques de la terre cessent de fonctionner. En parallèle, il y a ce personnage central, Kameron Obb, un astronaute qui se retrouve infesté par un mystérieux parasite extraterrestre.

 

Pour cet épisode, un peu transitoire, Bilal met en scène des femmes aux prises avec une joute politique internationale orwellienne alors que le monde tente de se réorganiser, en plus de se permettre quelques pointes satiriques à l’égard des wokes, par exemple. Le tout est enrobé de cette ligne à la fois froide, nerveuse et dure qui lui est si particulière. Bien hâte de voir où cela va nous mener… 


Adieu triste amour

★★★ ​1/2
Mirion Malle, Pow Pow, Montréal, 2022, 212 pages

Chanson noire

★★★
Jeik Dion, Glénat, Montréal, 2022, 96 pages

Melvile, tome 3 L’histoire de Ruth Jacob

★★★ ​1/2
Romain Renard, Le Lombard, Bruxelles, 2022, 400 pages

Bug, Tome 3

★★★
​Enki Bilal, Casterman, Tournai, 2022, 88 pages

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