Des récits inspirants pour voyager autrement

Marie-Julie Gagnon
Collaboration spéciale

Ce texte fait partie du cahier spécial Plaisirs

Qu’ils nous racontent une seule destination ou qu’ils nous entraînent aux quatre coins de la planète, les récits de voyage nous font voir le monde avec d’autres yeux. En voici quelques-uns à savourer bien calé dans son fauteuil de salon, de train ou d’avion.


 

J’habite une île

Connaît-on vraiment l’endroit où l’on vit ? C’est la question que nous renvoie ce délicieux livre de Rodolphe Lasne, qui a entrepris un périple à pied autour de Montréal à la fin de l’été 2019 pour retrouver l’insularité de son Isle. De sa randonnée urbaine de cinq jours sont nés 160 fragments géopoétiques comme autant de kilomètres parcourus au rythme de ses pas.

« Faire le tour de l’île à pied. Pas à vélo et encore moins en voiture. Ne pas me lester d’une monture, me laisser l’occasion de m’aventurer sur le plus incertain des chemins, de sauter au-dessus de barrières si nécessaire, de patauger s’il le faut. »

Afin de ressentir le dépaysement et de se projeter « dans un état de voyage », il a effectué son itinéraire sac au dos d’une seule traite, « sans retour au bercail entre chaque étape ». On quitte ainsi avec lui le Vieux-Port pour explorer le pourtour de l’île dans le sens inverse des aiguilles d’une montre.

À travers ses lunettes, le pont Jacques-Cartier s’estompe et des canots d’écorce se profilent à l’horizon, les édifices de la brasserie Molson disparaissent alors que retentissent des applaudissements pour Louis Cyr dans le parc Sohmer et que le pont-tunnel Louis-Hippolyte-La Fontaine fait place au village historique de Longue-Pointe. Ce n’est pas seulement l’insularité qu’on retrouve au fil des pages, mais aussi des pans d’histoire dilués dans le présent. Au passage, on se promet de porter attention à une foule de détails qui font partie d’un décor qu’on ne voit plus et de ralentir, nous aussi, pour mieux comprendre ce qui nous entoure.

J’habite une île (Rodolphe Lasnes, Leméac, 23 $)

Mon année à l’étranger. Récit de slow travel

Partir une année entière, l’animateur, chroniqueur et photographe Jean-Michel Dufaux en rêvait depuis longtemps quand, à l’automne 2018, il a levé l’ancre pour le continent asiatique avec sa copine. Le blues de la cinquantaine, une quête identitaire et une plus grande flexibilité professionnelle lui ont permis d’aller recréer son quotidien dans différents coins du monde. « Je ne voulais pas être constamment dans mes valises : je voulais prendre le temps de m’installer, de découvrir un coin du monde et d’y vivre vraiment », écrit-il.

Au cours des mois suivants, il fera de Chiang Mai, en Thaïlande, de Mazatlan, au Mexique, et de Da Nang, au Vietnam — où il rejoindra une ligue de hockey-balle ! —, ses camps de base, avant de passer quelques semaines en Europe pour conclure son aventure à Champex, en Suisse, où se trouve le chalet hérité de ses grands-parents paternels. Si ce parcours n’a rien de logique d’un point de vue géographique, il démontre bien l’état d’esprit dans lequel cet éternel pigiste a abordé son voyage : avec le moins de contraintes possible.

Il ne faut pas ici s’attendre à un récit linéaire, mais plutôt à un album de photos argentiques auxquelles se mêlent des adresses, des impressions et des réflexions sur différentes thématiques. À laisser traîner sur la table à café.

Mon année à l’étranger. Récit de slow travel (Jean-Michel Dufaux, Parfum d’encre, 30 $)

Un monde à voir. 100 aventures à vivre au temps nouveau du voyage

Depuis 1996, la journaliste Carolyne Parent signe récits et reportages voyage dans de nombreux médias, dont ELLE Québec et Le Devoir. Infatigable globe-trotter — plus de 120 pays au compteur ! —, l’autrice attribue le choix de son mode de vie à son refus de « s’étioler dans un bureau à cloisons ». Dans le contexte actuel, il lui apparaît nécessaire de redonner du sens à nos partances. C’est avec ce critère en tête qu’elle a sélectionné les 100 destinations dans 55 pays et territoires d’Un monde à voir.

Au fil des 352 pages, cette « touriste professionnelle » prouve non seulement que sa passion pour l’ailleurs est bien intacte, mais aussi qu’on peut embrasser autant l’inconnu que des images de cartes postales sans y perdre son âme de voyageur. Surtout, elle invite les globe-trotters à aller au-delà de la bucket list et des lieux les plus courus, et à faire des choix plus réfléchis. « Reconnaître que nous faisons partie de ceux que nous souhaitons éviter ailleurs serait déjà, il me semble, un premier pas vers une prise de conscience visant à contrecarrer les méfaits du surtourisme. »

On se délecte de ses photos et du graphisme unique de ce livre qu’on a envie d’offrir à tous les amoureux du voyage.

Un monde à voir. 100 aventures à vivre au temps nouveau du voyage (Carolyne Parent, KO éditions, 30 $)

D’autres récits à découvrir

Pas un jour sans train (Robert Lalonde, Éditions du Boréal, 25 $)

Tracés de voyage, 20 ans d’allers-retours (Ugo Monticone, Éditions XYZ, 25 $)

Sillonner les chemins du monde, 40 récits de voyage autour du globe (Gabriel Anctil, Éditions Somme toute, 28 $)

Un été avec Rimbaud (Sylvain Tesson, Éditions des Équateurs, 18 $)

 

Fragments d’ailleurs et Fragments d’ici

Quiconque apprécie le coup de plume bien affûté de Gary Lawrence prendra plaisir à (re)plonger dans ses tranches de route d’ici et d’ailleurs, dont plusieurs ont d’abord été publiées dans les pages de ce journal. À lire et à relire par temps gris !

Fragments d’ailleurs. 50 récits pour voyager par procuration (Éditions Somme toute, 30 $)

Fragments d’ici. 25 récits pour (re)découvrir le Québec (Éditions Somme toute, 23 $)

Fragments d’ailleurs, tome 2. 50 récits pour (re)découvrir le monde (Éditions Somme toute, 23 $)



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