«Novice»: un tueur si poche

Stéphane Dompierre
Photo: Amélie Fortin Stéphane Dompierre

Sous-genre du cinéma d’horreur, le « slasher » met généralement en scène un tueur psychopathe, masqué comme Leatherface (Massacre à la tronçonneuse) ou défiguré comme Freddy Krueger (Les griffes de la nuit), qui s’en prend, la plupart du temps, à un groupe de jeunes insouciants. Comme ceux que l’on retrouve au camp Zéro-G dans Novice, douzième livre de Stéphane Dompierre (Un petit pas pour l’homme, Tromper Martine).

« Ça m’a d’l’air d’une belle gang de drogués qui vont gueuler jusqu’aux petites heures en grattant leu’guitares, ça. Tabouère, y a même deux Noirs ! Y ont apporté leu’bongos, c’est sûr. Ça va être beau t’à l’heure. Depuis quand ça va dans le bois, c’monde-là ? » lance Gilles, caricaturede l’homme blanc de droite, à sa femme Yolaine, redoutable petite madame, en apercevant les 11 campeurs, youtubeurs et influenceurs pour la plupart, inscrits au camp de débranchement que gèrent Gabrielle et son frère aîné Mathieu.

« C’est ben beau, tout ça, pas de cellulaire pis prendre des marches, mais on dirait que je comprends pas une affaire de base, désolé si j’ai pas suivi, mais… comment on va se filmer en train de prendre des marches ? C’est vous autres qui allez filmer ? » demande l’un d’eux. Vous remarquerez très tôt que le romancier prend un plaisir fou à souligner la bêtise abyssale de ses personnages, narcissiques, superficiels et incultes, qui ne conçoivent pas la vie hors des réseaux sociaux.

Dans le slasher classique, l’assassin fait gicler le sang de ses victimes jusqu’à ce qu’il n’en reste plus qu’une — la survivor girl — qui le terrasse (momentanément, il va sans dire, puisqu’il reviendra inévitablement dans la ou les suites). Il serait étonnant que La Brute, aspirant tueur à la hache, fasse l’objet d’une suite puisque l’individu se cachant derrière un ridicule masque de bouc acheté au Dollarama n’arrive pas à la cheville d’un Jason Voorhees (Vendredi 13) ni d’un Michael Myers (Halloween). « Elle lève son arme bien haut et attend sa proie, prête à la surprendre, la dépecer, la hacher en menus morceaux, la réduire en bouillie. Elle attend. Et attend. »

En fait, La Brute n’a pas de chance. Plutôt que de semer des cadavres sur son passage, elle s’enfarge sur les cadavres qu’elle trouve sur son chemin, les campeurs ayant le don de mourir dans des circonstances abracadabrantes comme dans la risible franchise Destination finale. Encore là, vous devinerez sans peine le bonheur de l’auteur à tordre les codes du slasher pour transformer Novice en une décapante comédie noire à saveur sociale.

Se moquant sans merci des travers de notre société accro à la technologie, Stéphane Dompierre n’épargne personne : toutes générations, toutes origines, toutes orientations sexuelles, toutes allégeances politiques y passent. Alors qu’il multiplie les dialogues désopilants et les situations cocasses, sans négliger de créer une atmosphère à donner la chair de poule, le romancier tisse en filigrane un drame familial aux conséquences graves pour les survivants.

Novice

★★★

Stéphane Dompierre, Québec Amérique, Montréal, 2022, 292 pages

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