«Numéro deux»: la vie des autres

David Foenkinos
Photo: Francesca Mantovani David Foenkinos
« En 1999 débutait le casting pour trouver le jeune garçon qui allait interpréter Harry Potter et qui, par la même occasion, deviendrait mondialement célèbre. Des centaines d’acteurs furent auditionnés. Finalement, il n’en resta plus que deux. Ce roman raconte l’histoire de celui qui n’a pas été choisi. » Même pour ceux qui n’ont pas succombé à la folie du jeune sorcier anglais, la proposition de David Foenkinos est irrésistible.
 

En entrevue, l’écrivain admet même avoir eu un petit vertige à l’idée de ne pas être à la hauteur de son pitch. Le thème de l’échec est justement au cœur de son nouveau livre, Numéro deux, qui navigue entre la candeur de l’enfance et la brutalité du réel. Au début du roman, on suit le quotidien d’un petit garçon tout ce qu’il y a de plus ordinaire, des jours coulés entre une mère journaliste française et un papa anglais accessoiriste. Presque rien ne prédestine Martin Hill à devenir acteur.

Mais un peu à la manière du battement d’ailes d’un papillon qui provoque un ouragan à l’autre bout du monde, une suite de hasards le mène à la dernière minute à faire de la figuration pour un tournage sur lequel travaille son père. Sur le plateau, il sera repéré par un producteur qui, en l’apercevant, croit enfin tenir celui qu’il cherche pour incarner Harry Potter au cinéma. Débute alors un cycle d’auditions qui mènera Martin Hill en finale. Et en enfer.

Dans la première moitié du roman, Foenkinos déploie l’histoire avec une certaine truculence ; le rythme est vif, sautillant. Le petit côté améliepoulainesque a quelque chose d’agaçant par moments, mais on pressent l’arrivée de la chute et on devine qu’elle sera terrible.

Le verdict tombe : après maintes tergiversations, c’est l’autre qui sera choisi, pour ce « petit quelque chose en plus » dont on ne saura rien (et c’est ça le plus cruel). « Il avait regardé le rêve droit dans les yeux », écrit Foenkinos, joué à « un jeu d’enfant avec un enjeu d’adulte ».

Précision : l’histoire a un ancrage dans la réalité, mais il s’agit d’une œuvre d’imagination. Numéro deux n’a d’ailleurs pas été autorisé par J.K. Rowling, qui publie en français chez le même éditeur.

Dans tous les romans de David Foenkinos, le thème de l’épreuve et de la deuxième chance est présent. L’écrivain attribue cette obsession au fait d’avoir frôlé la mort durant son adolescence à cause d’une maladie grave. Dans cet anti-conte de fées, son personnage qui va d’échec en échec force l’empathie du lecteur, mais parfois aussi son exaspération lorsqu’une fois adulte, le protagoniste n’arrive toujours pas à passer au prochain chapitre de sa vie.

Dans ce monde d’apparences où la performance est une valeur cardinale et le bonheur une dictature, publier une histoire de ratage total est un geste original et audacieux, un peu comme si ça venait rééquilibrer les forces. Par contre, est-ce que la clé proposée par le romancier à la fin du livre extirpera Martin Hill de son mal-être ? Impossible de le dire, mais on s’inquiète encore un peu pour lui, même une fois la dernière page tournée.

Numéro deux

★★★ 1/2

David Foenkinos, Gallimard, Paris, 2022, 235 pages

À voir en vidéo