«Maus», la BD bannie, est propulsée parmi les meilleurs vendeurs

L’édition intégrale et le premier tome de Maus occupent ce lundi les deuxième et troisième places des livres les plus vendus sur Amazon.
Photo: Maro Siranosian Agence France-Presse L’édition intégrale et le premier tome de Maus occupent ce lundi les deuxième et troisième places des livres les plus vendus sur Amazon.

Après avoir été banni par un conseil d’école au Tennessee, le roman graphique sur l’Holocauste Maus figure maintenant au haut des ventes sur Amazon. Le dessinateur Art Spiegelman y raconte les souvenirs bouleversants de son père, rescapé de la Shoah.

Jeudi dernier, journée internationale consacrée à la mémoire des victimes de l’Holocauste, le conseil scolaire du comté de McMinn déclarait bannir le roman graphique « en raison de son utilisation inutile de blasphèmes et de nudité, et de sa représentation de la violence et du suicide ». Une décision votée à l’unanimité le 10 janvier. Le conseil assurait au passage ne pas chercher à diminuer la valeur de l’ouvrage ou l’importance que revêt l’enseignement de ces événements historiques aux élèves.

Ce qui dérange, selon le compte rendu de la réunion ? Huit mots vulgaires et une image de femme nue, dans un livre où les juifs sont représentés par des souris et les nazis par des chats.

L’édition intégrale et le premier tome de Maus occupaient lundi les deuxième et troisième places des livres les plus vendus sur Amazon. Les recherches sur Google du titre du roman graphique ont elles aussi atteint des records aux États-Unis. « Les nazis des temps modernes essaient de censurer ce livre. J’ai donc dû faire mon devoir civique et acheter un exemplaire », écrit un acheteur, Collin, dans les commentaires Amazon, illustrant comment ce soudain regain de popularité est lié à la décision du conseil de McMinn.

« Votre conseil scolaire local ne veut pas que vous lisiez ce livre, écrit une autre utilisatrice, Suze, dans un message directement adressé aux élèves du comté de McMinn. Je ne sais pas pourquoi. C’est un roman graphique qui explique un des événements les plus terribles de l’histoire. Cet événement s’est produit il y a moins de 100 ans. Il est important de connaître les erreurs du passé pour ne pas les répéter. J’ai vraiment aimé lire ce livre à l’école secondaire, et je pense que ce sera aussi votre cas. »

Le mouvement semble avoir aussi touché le Canada, quoique dans une moindre mesure. Maus était en soirée lundi 20e au chapitre des ventes, selon le palmarès du site canadien d’Amazon.

Une vague de réactions

Dans les derniers jours, le bannissement de Maus, première bande dessinée récompensée par un prix Pulitzer, en 1992, a déclenché une vague d’incompréhension et de soutien sur les réseaux sociaux, qui utilise le mot-clic #ReadBannedBooks.

Sur Twitter, la documentaliste Julie Goldberg a publié le réarrangement des étagères de sa bibliothèque scolaire : les exemplaires de Maus sont maintenant au premier plan.

 

À quelques kilomètres du comté de McMinn, la librairie Nirvana Comics Knoxville a créé une page de sociofinancement Go Fund Me afin de payer des exemplaires de l’ouvrage à distribuer aux élèves de la région. Le propriétaire, Richard Davis, estime que « le chef-d’œuvre d’Art Spiegelman est l’un des romans graphiques les plus importants, les plus marquants et les plus influents de tous les temps » et pense « qu’il doit être lu par tous ».

Créée il y a seulement deux jours, la cagnotte s’élève aujourd’hui à plus de 80 000 dollars américains.

À voir en vidéo