Claudine Bertrand reçoit le prix Ganzo

Selon Claudine Bertrand, on valorise davantage la poésie en France qu’au Québec.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Selon Claudine Bertrand, on valorise davantage la poésie en France qu’au Québec.

S’il y a quelqu’un qui comprend le pouvoir de la poésie, c’est bien Claudine Bertrand. La poétesse québécoise vient de remporter le prestigieux prix Ganzo de poésie, décerné en France, pour l’ensemble de son œuvre.

Ce prix est doté d’une bourse appréciable de 10 000 euros, et elle est la première Québécoise et la quatrième femme à le recevoir. Mais Claudine Bertrand n’en est pas à son premier prix. Elle a aussi été la première Québécoise à remporter le prix Tristan-Tzara en 2001, pour son recueil Le corps en tête.

La poésie, Claudine Bertrand l’a lue, l’a écrite, l’a défendue, l’a stimulée, l’a fait circuler toute sa vie. Comme autrice de dizaines d’ouvrages, mais aussi comme ancienne professeur de littérature au cégep de Rosemont, comme fondatrice de la revue de poésie entièrement féminine Arcade en 1981, ou comme co-instigatrice du projet La poésie prend le métro, à Montréal, au début des années 2000.

Au Bénin, où elle donne des conférences et des ateliers, et où elle travaille à l’établissement d’une résidence d’écrivain, un prix de littérature porte son nom. Au Québec aussi.

Pourtant, la gestion des événements culturels au cours de la pandémie le démontre, le Québec a du mal à donner aux arts en général, et à la littérature en particulier, sa place essentielle, dit-elle en entrevue.

« Lorsqu’on met de côté la culture, c’est une part d’humanité que l’on met de côté. » Depuis plusieurs années, Claudine Bertrand partage son temps entre le Québec et la France, où elle a publié plusieurs de ses derniers livres.

« Là-bas, le printemps de la poésie dure un mois, dit-elle. Et il est célébré dans tout le pays. Les écoles y participent. [..] Au Québec, on ne valorise pas la littérature, quand on est poète, on doit le chuchoter, on dit ça très timidement. Alors qu’en France, le poète est très valorisé. Je prends le taxi, et je dis que je suis poète, avant de dire que je suis enseignante, et il [le chauffeur] se met à me citer du Baudelaire ou du Rimbaud. »

Des projets éphémères

Pourtant, ce ne sont pas les écrivains qui manquent au Québec, note-t-elle. Mais un projet comme La poésie prend le métro n’a duré ici, en tout, que deux ans, alors qu’à Paris le programme se poursuit d’année en année.

C’est enfant, alors qu’elle était une orpheline sans attaches, qu’elle a découvert la force des textes, et leur pouvoir de relier les gens entre eux.

Lorsqu’on met de côté la culture, c’est une part d’humanité que l’on met de côté

 

Très vite, c’est vers la littérature des femmes qu’elle s’est tournée, notamment à travers la fondation de la revue Arcade, à une époque où c’était encore un monde à conquérir.

« Je suis en train de faire une anthologie de littérature des femmes, dit-elle. J’en ai 94. »

À ce sujet, le Québec a une longueur d’avance sur la France, qui tente toutefois de se sensibiliser à la question, concède-t-elle. D’où la joie de Claudine Bertrand de recevoir le prix Robert Ganzo en tant que femme.

Poète vénézuélien d’expression française, Robert Ganzo avait inscrit dans ses dernières volontés la création d’un prix qui récompense une œuvre poétique « en prise sur le mouvement du monde, loin du champ clos des laboratoires formalistes et des afféteries postmodernes ».

Ce prix sera remis à Claudine Bertrand lors du festival Étonnants Voyageurs de Saint-Malo, en juin 2022.

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