Les livres d’ici qui vont soigner nos bleus de l’hiver

Merci anticipé à Perrine Leblanc, Dany Laferrière et autres Dominique Fortier.
Photo: Nathan Denette La Presse canadienne Merci anticipé à Perrine Leblanc, Dany Laferrière et autres Dominique Fortier.

La semaine dernière, Catherine Lalonde rapportait dans nos pages que, grâce à la pandémie, les ventes de littérature québécoise avaient fait un bond historique de 21,3 % en 2021. La lumière au bout du tunnel annoncée par François Legault n’étant qu’une lointaine loupiote, suivons donc la tendance en nous tournant vers d’autres sources lumineuses que nos écrans.va voir

Dans Enlève la nuit (Boréal, 15 mars), de Monique Proulx, c’est d’ailleurs vers la lumière que le candide Markus, juif hassidique ayant rompu avec sa communauté, rencontré dans Ce qu’il reste de moi (Boréal, 2015), veut entraîner les laissés-pour-compte qu’il croise dans cette jungle urbaine qu’il tente lui-même d’apprivoiser.

C’est sous le soleil brûlant au-dessus des champs de coton d’Afrique, de l’Inde et du sud des États-Unis qu’Edem Awumey situe le combat d’un planteur de coton africain qui, ruiné comme plusieurs autres paysans par la production de coton transgénique, prend en otage un journaliste allemand afin de lutter contre le diktat de multinationales, dans Noces de coton (Boréal, 25 janvier).

S’inspirant du moine poète du XVIIe siècle Bashō, Dany Laferrière nous amène de l’Amérique au pays du Soleil levant dans son troisième roman graphique, Sur la route avec Bashō (Boréal, 5 avril), où il témoigne de la menace qui gronde et d’importants mouvements sociaux, tels Black Lives Matter.

Quatre ans après Les villes de papier (Alto), dont la version parue chez Grasset en 2020 lui a valu le prix Renaudot de l’essai, Dominique Fortier renoue avec la poésie d’Emily Dickinson dans Les ombres blanches (Alto, 15 mars), où elle jette la lumière sur les trois femmes qui ont permis de faire connaître l’œuvre magistrale de la secrète autrice américaine quelques années après sa mort.

À la dérive

Connue pour ses hilarantes chroniques et son sens inné des formules décapantes, Catherine Éthier nous fait découvrir son côté plus grave dans son premier roman, Une femme extraordinaire (Stanké, 13 avril), où elle trace le portrait d’une trentenaire, à qui tout semble réussir, mais qui lutte pour ne pas couler à pic.

Chez notre collaborateur Yannick Marcoux, qui signe aussi son premier roman, L’île sans pont (XYZ « Romanichels », 16 mars), un homme sur le point d’être père se rend en chaloupe, en pleine tempête, sur son île natale afin d’y faire la paix avec le fantôme de son père.

Dans Le fil du vivant (Alto, 22 février), roman au parfum de fin du monde d’Elsa Pépin, une famille et ses proches se réfugient dans un luxueux chalet dans le nord alors que Montréal est inondée.

Se donner un genre

Dans Novices (Québec Amérique, 1er mars), Stéphane Dompierre s’amuse à détourner les codes du film d’horreur pour passer au tordeur, avec humour et bienveillance, notre dépendance aux technologies en suivant les péripéties de onze personnes inscrites à un camp de débranchement où sévit un tueur. Dans un registre plus sombre, Proies (Québec Amérique, 29 mars), d’Andrée A. Michaud, s’attache au destin de trois adolescents insouciants qui doivent fuir leur campement lorsqu’une menace plane au-dessus de la forêt.

De l’écran à l’écrit

Forte de sa tétralogie Fleuve (Leméac, 2015-2019), l’actrice Sylvie Drapeau reprend la plume pour Le jeu de l’oiseau (Leméac, 26 janvier), roman familial où des jumeaux, Claire et Raymond, n’ont que leur complicité et leurs jeux d’enfants pour survivre à l’incompétence de leur mère aimante et à la violence de leur père tyrannique.

Dans son recueil de nouvelles aux tonalités tchékhoviennes, Quatre histoires de famille (Leméac, 30 mars), le cinéaste Bernard Émond, fidèle à lui-même, s’intéresse aux petites gens et aux inégalités sociales. C’est du côté du tennis que le comédien James Hyndman se tourne pour explorer la complexité des relations humaines dans Faux rebonds (XYZ « Quai no 5 », 12 mai).

Inspirante Europe

Partant d’une loufoque rencontre devant un guichet automatique, un 1er juillet, à Montréal, entre la jeune narratrice québécoise et son vieux professeur allemand, Catherine Mavrikakis se livre à une réflexion moqueuse sur l’impérialisme culturel de l’Europe et la fascination des intellectuels québécois et nord-américains pour la culture européenne dans Impromptu (Héliotrope, 2 février).

Quant à Danielle Dussault, qui a bénéficié d’une résidence d’écriture en Europe de l’Est, c’est sur les traces de Kafka qu’elle s’élance à travers les déambulations praguoises d’une narratrice rêveuse et solitaire dans le recueil de nouvelles Les ponts de Prague (Lévesque, 25 janvier).

Veuillez noter que les dates sont
sujettes à changement en raison
de la pandémie qui bouscule bien
des prévisions.

Racines irlandaises

Douze ans après une fracassante entrée sur la scène littéraire avec L’homme blanc (Le Quartanier, 2010), pour lequel elle a obtenu le Grand Prix du livre de Montréal et le Prix du Gouverneur général, Perrine Leblanc est (enfin !) de retour avec Gens du Nord (Gallimard, 16 mars). Campé en Irlande du Nord en 1991, au moment où est entamé le processus de paix, ce troisième roman de l’autrice de Malabourg (Gallimard, 2014), qui y a consacré trois ans de recherches sur le terrain et cinq ans de rédaction, raconte le destin d’un journaliste français farouchement indépendant qui couvre le conflit nord-irlandais et celui d’une journaliste québécoise venue enquêter sur un écrivain irlandais affilié à l’IRA.



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