«Tant que le café est encore chaud»: doux-amer

Dans ce best-seller de Toshikazu Kawaguchi, les clients d’un café peuvent voyager dans le temps.
Photo: iStock Dans ce best-seller de Toshikazu Kawaguchi, les clients d’un café peuvent voyager dans le temps.

Petit café de Tokyo, le Funiculi Funicala a la particularité d’être hanté par le fantôme d’une dame en blanc seule à sa table. Lorsque cette dernière se lève pour aller aux toilettes, on peut prendre sa place et voyager dans le passé ou le futur. Il faut toutefois respecter quelques règles, la plus importante étant de boire son café jusqu’à la dernière goutte avant qu’il soit froid.

Il faut également accepter que ce voyage dans le temps n’ait aucune incidence sur le présent : « Fumiko avait besoin d’une explication convaincante à cette règle invraisemblable selon laquelle “quelque effort qu’on fasse en retournant dans le passé, ça ne changera pas la réalité”. Mais Kazu s’était contentée de déclarer : “Parce que c’est la règle.” »

À quoi bon ressasser le passé ou entrevoir ce que l’avenir nous réserve en ce cas ? Et si cette courte escapade temporelle permettait à l’intrépide randonneur de mieux se connaître, de mieux comprendre sa situation, de pouvoir lâcher prise ? Voilà la prémisse aussi charmante qu’improbable sur laquelle repose Tant que le café est encore chaud, premier roman de Toshikazu Kawaguchi, dramaturge né à Osaka en 1971. Ce roman, sorti au Japon en 2015, où il a été vendu à plus d’un million d’exemplaires, et traduit dans plus d’une trentaine de pays, est d’ailleurs l’adaptation de sa pièce lui ayant valu le grand prix au Suginami Drama Festival.

Les origines théâtrales du roman se devinent par l’unité de lieu et le nombre restreint de personnages — ce sont toujours les mêmes clients que l’on retrouve au Funiculi Funicula. De plus, l’auteur donne la part belle aux dialogues plutôt qu’aux réflexions des personnages, et ses descriptions sommaires du café et des personnages ressemblent à des didascalies. « Fumiko était l’archétype de la femme belle et intelligente. Mais elle n’en avait pas forcément conscience. »

Émouvant et moins léger qu’il ne le paraît d’emblée, Tant que le café est encore chaud réunit dans un huis clos accueillant quoique dépaysant, où « seule une horloge aurait permis de distinguer le jour de la nuit dans ce lieu constamment teinté d’une couleur sépia », des excentriques, des solitaires et des êtres peu loquaces que Toshikazu Kawaguchi parvient à rendre attachants sans trop les dévoiler.

Aux brèves rencontres amusantes succèdent de touchants tête-à-tête où les personnages laissent tomber le masque et dévoilent leur vulnérabilité. Prennent ainsi la place de la dame en blanc une amoureuse revivant l’instant où son petit ami l’a quittée, une femme discutant avec son mari avant que l’Alzheimer eût rendu leurs conversations impossibles, une grande sœur parlant une dernière fois à sa regrettée cadette et une mère s’adressant à son futur enfant.

C’est dans ces moments, où les personnages déploient toute leur complexité, où le romancier livre, mine de rien, une réflexion sur l’importance du moment présent, que le roman prend toute son envergure et justifie sa lecture.

  

Tant que le café est encore chaud

★★★

Toshikazu Kawaguchi, traduit du japonais par Miyako Slocombe, Albin Michel, Paris, 2021, 240 pages

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