Trois très, très longues sagas fantastiques à lire cet hiver

James S.A. Corey est le nom de plume utilisé par Daniel Abraham et Ty Franck, auteurs de la série de romans de science-fiction «The Expanse». 
Photo: DR Actes Sud James S.A. Corey est le nom de plume utilisé par Daniel Abraham et Ty Franck, auteurs de la série de romans de science-fiction «The Expanse». 

Au Québec, la sortie patiemment attendue de l’adaptation de Dune par Denis Villeneuve aura éclipsé le lancement de quelques nouveautés cinématographiques et télévisuelles d’intérêt pour les amateurs de science-fiction et de fantastique. Comme Dune, ces œuvres sont inspirées de mondes imaginaires extrêmement complexes créés par leurs auteurs au fil de nombreux romans. Des heures, des heures et encore des heures de lecture pour quiconque prévoit beaucoup de temps libre cet hiver.

L’émergence des services de VSD, comme Netflix, Disney+ et Prime Video, entraîne la multiplication de productions de sagas audiovisuelles en tout genre. Et s’il y a des auteurs qui sont passés maîtres dans l’art d’étirer la sauce, ce sont bien les auteurs de fantastique et de science-fiction.

Alors que 2022 s’amorce dans un mode semi-confiné, visiter ou revisiter les œuvres originales ou traduites qui ont donné vie à ces sagas des petit et grand écrans est un moyen sûr d’occuper plusieurs heures au fil des prochains mois. On voit mal pourquoi il faudrait bouder ce plaisir, d’autant plus qu’il s’adresse à tous les publics, peu importe l’âge, le genre ou… la planète d’origine.

Saga délirante

Plus tôt cet automne, Denis Villeneuve a exprimé le souhait, en entrevue avec des médias spécialisés américains, de faire de la saga Dune une trilogie… « au moins ». Il faut dire que l’auteur de la série, Frank Herbert, a créé une histoire touffue et éclatée qui s’étire sur six tomes assez imposants. Comme le dit lui-même Villeneuve, plus l’histoire avance, plus elle s’apparente à un délire psychédélique qu’il lui sera difficile d’adapter dans sa totalité pour le cinéma.

Et on ne parle que de l’œuvre de Frank Herbert ! À partir de 1999, son fils Brian et l’auteur Kevin J. Anderson ont continué d’explorer l’univers de Dune et publié une douzaine de bouquins additionnels.

Le réalisateur québécois s’est déjà un peu facilité la tâche s’il compte lui-même aller au-delà de trois films pour raconter une histoire qui va bien plus loin que le destin du jeune héros Paul Atréides : après tout, et sans rien divulgâcher, son premier volet de Dune ne couvre environ que la première moitié du premier des six romans de Herbert.

Si l’histoire de la famille Atréides, racontée dès les premières (centaines de) pages de Dune, se passe essentiellement sur la planète Arrakis, surnommée Dune, on apprend d’entrée de jeu que cet univers va beaucoup plus loin que les limites de cet immense désert de sable infesté de gros vers omnivores. De nombreuses autres planètes ont aussi été colonisées.

Pour les besoins de l’histoire, Frank Herbert situe l’action mille ans dans le futur, laissant le temps à l’humanité de développer des vaisseaux spatiaux capables de surpasser la vitesse de la lumière grâce à des « machines pensantes » extrêmement puissantes, et d’avoir aussi le temps de les craindre suffisamment pour les bannir et appréhender toute forme de technologie.

La décision de nos lointains descendants de bannir ces machines a mené à la création d’un empire galactique de style féodal où se jouent des intrigues typiques de l’époque médiévale. Ajoutez à cela une épice qui transforme certains personnages en une espèce de magiciens mentalistes et vous avez tous les ingrédients d’une recette à mi-chemin entre la série Fondation, d’Isaac Asimov, et Le seigneur des anneaux, de J.R.R. Tolkien.

Saga méconnue

Peu connue des non-initiés à la littérature fantastique, La roue du temps est une saga publiée entre 1990 et 2013 qui devait initialement tenir en 6, puis en 12 livres, mais qui en compte finalement 17 (14 pour l’histoire principale, plus un antépisode et deux autres bouquins racontant des histoires parallèles). Traduite en plusieurs langues, dont le français, et vendue à plus de 90 millions d’exemplaires dans le monde, la saga fait l’objet d’une ambitieuse série télé de huit épisodes disponible depuis peu sur la plateforme Prime Video d’Amazon.

Face au succès de la série, la plus regardée en 2021 sur la plateforme d’Amazon, ses producteurs ont commencé durant l’été le tournage d’une seconde saison, laquelle pourrait être mise en ligne au compte-gouttes au printemps prochain, si l’on se fie aux rumeurs. On a aussi ouï-dire que le réalisateur principal de la série, Rafe Judkins, comptait résumer en huit saisons l’action qui s’étire sur un peu plus de 11 500 pages.

Le lecteur intrigué par cet univers fantastique devra prévoir y investir beaucoup de temps. Il sera récompensé de plusieurs façons, car chaque brique qui constitue la série dépeint avec un essoufflant niveau de détails et de précisions un monde imaginaire dense peuplé de personnages à la psychologie complexe.

Il faut dire que Robert Jordan, l’auteur originel de La roue du temps, a puisé son inspiration dans différentes cultures et mythologies indo-européennes. S’y trouvent des clins d’œil au bouddhisme, à l’hindouisme et au taoïsme, aussi bien qu’au christianisme, à l’islam et au judaïsme. Le monde fantastique qu’il a créé va très loin dans l’explication de son système de magie et dans la relation qu’entretiennent les personnages avec la religion et le surnaturel.

L’auteur, malheureusement décédé en 2007 d’une maladie qui l’aura empêché de compléter lui-même son œuvre, aura eu le temps d’en dicter la fin à son successeur, l’auteur américain Brandon Sanderson, qui a effectué le travail avec brio.

Saga explosive

Entre 2012 et 2021, Daniel Abraham et Ty Franck se sont cachés  derrière le nom de plume James S.A. Corey pour écrire une saga en neuf tomes, The Expanse, qui a été déclinée en une série pour la télé d’abord diffusée entre 2015 et 2018 sur la chaîne américaine Syfy, puis récupérée par Amazon. La sixième et, peut-être, dernière saison de cette série de science-fiction commence tout juste à être diffusée sur Prime Video.

De son côté, le neuvième et, très certainement, dernier tome de la saga vient lui aussi d’être mis en marché. On ne dévoilera rien en disant simplement qu’il boucle la boucle d’une histoire qui débute bien timidement quand James Holden, le second en commande d’un vaisseau transportant de la glace d’une planète à l’autre du système solaire, met la main sur un objet qui va provoquer l’éclatement complet de l’humanité — au propre comme au figuré.

Pour différentes raisons, la série télé a déjà pris une certaine distance avec l’œuvre des deux auteurs américains. On sait déjà que le lecteur pourra aller beaucoup plus loin que le téléspectateur dans l’exploration de l’univers intergalactique de The Expanse puisque les deux larrons ont également produit huit courts romans orbitant autour de l’opus principal.

Plus science-fiction que fantastique, The Expanse pose quand même une question récurrente dans les histoires à connotation médiévale : que peut-il se produire si on laisse entre les mains d’une humanité déchirée et décadente des outils presque magiques créés par une civilisation inconnue et disparue ? La réponse n’est pas très heureuse.

 

Dune Tome 1

★★★ ​1/2

Frank Herbert, Pocket, Paris, 2021, 625 pages
 

La roue du temps L’oeil du monde

★★★★ ​1/2

Robert Jordan, traduit de l’anglais par Jean Claude Mallé, Bragelonne, Paris, 2019, 624 pages
 

L’éveil du Léviathan The Expanse  

★★★★ 

James S.A. Corey, traduit de l’anglais par Thierry Arson, Le Livre de poche, Paris, 2018, 912 pages

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