Tout ce qui éclaire

Dans le livre d’Auður Ava Ólafsdóttir, on découvre que les Islandais, invités à élire le plus beau mot de leur langue, ont choisi un substantif désignant une profession médicale : «ljósmóðir», littéralement «mère de la lumière», ou «sage-femme» en français.
Photo: Zulma Dans le livre d’Auður Ava Ólafsdóttir, on découvre que les Islandais, invités à élire le plus beau mot de leur langue, ont choisi un substantif désignant une profession médicale : «ljósmóðir», littéralement «mère de la lumière», ou «sage-femme» en français.

En Islande, à ce temps-ci de l’année, le soleil se lève un peu avant midi pour se coucher en milieu d’après-midi. Inversement, au solstice d’été en juin, à Akureyri, ville située tout au nord de ce pays nordique, le jour dure plus de 23 heures. Pas étonnant que le rapport qu’entretient le peuple islandais à la lumière ne soit pas anodin.

Dans les premières pages de La vérité sur la lumière, d’Auður Ava Ólafsdóttir (prix des libraires du Québec pour Rosa Candida en 2010 et prix Médicis pour Miss Islande en 2019), on découvre que les Islandais, invités à élire le plus beau mot de leur langue, ont choisi un substantif désignant une profession médicale : ljósmóðir, littéralement « mère de la lumière », ou « sage-femme » en français.

À quelques jours des vacances de Noël, Dýja fait des heures supplémentaires au pavillon des naissances. Elle a hérité du don de son arrière-grand-mère et de sa grand-tante Fífa pour faire venir au monde les bébés, et aussi de l’appartement de celle-ci (décoration rétro incluse) et d’un carton de bananes Chiquita qui contient ses notes et observations sur les règnes humain, animal et végétal dans leur rapport à la lumière.

Alors qu’ils apparaissaient brouillons et déstructurés, les manuscrits de tante Fífa permettent de regarder le monde du point de vue d’une femme émerveillée par l’origine de la vie humaine et son mystère.

Dans cette perspective, l’attention se porte sur les « phénomènes éphémères et périlleux ».

L’infime côtoie l’infini. On apprend que l’humain adopte à la naissance l’odeur des « pommes de terre stockées dans une cave, un mélange de terre et de douce moisissure », qu’il est « capable d’une plus grande cruauté que toute autre espèce à l’égard de ses semblables » — ce qui rend Fífa méfiante envers ceux qui mesurent plus d’une cinquantaine de centimètres. Pourquoi certains « cherchent la beauté et d’autres non » ?

Comment se fait-il que certaines personnes portent en elles la lumière alors que « d’autres essaient de nous entraîner avec elles au fond des ténèbres » ?

Douceur et poésie

 

À un moment, la sœur météorologue de Dýja demande si tante Fífa, au fil de ses écrits, avait compris la relation entre l’humain et la lumière. Réponse : « Il allume, il éteint. Il éteint, il allume […]. Son comportement se rapproche de celui d’un enfant qui joue avec un interrupteur. »

Ces détails épars colligés puis analysés à partir d’une connaissance de la vie à son pôle de la plus extrême fragilité, cette très jolie collection de pensées vagabondes donnent un roman contemplatif rempli de douceur, de poésie, de fulgurances.

On pourra reprocher néanmoins à Auður Ava Ólafsdóttir une intrigue ténue malgré un bon potentiel dramatique en lien avec la météo changeante du pays et la menace d’une tempête trop vite expédiée, ainsi qu’une finale un peu fleur bleue que l’autrice islandaise suggère sans insister.

La vérité sur la lumière

★★★

Auður Ava Ólafsdóttir, Zulma, Paris, 2021, 220 pages

À voir en vidéo