Le retour du Trump messianique?

Le progressiste américain Chris Hedges juge la droite religieuse qui appuie l’ex-président.
Photo: Thomas Hedges Le progressiste américain Chris Hedges juge la droite religieuse qui appuie l’ex-président.

On peut garder un mauvais souvenir de Donald Trump et craindre le retour de l’ex-président et de ses partisans, toutefois n’est-ce pas exagéré d’intituler un essai Les fascistes américains et de le consacrer à « la droite chrétienne à l’assaut des États-Unis » ? Son auteur, le journaliste Chris Hedges, né en 1956 au Vermont, justifie son analyse en nous faisant pénétrer dans le secret d’un pays, si proche mais encore méconnu.

Dans l’édition québécoise de son livre traduit par Nicolas Calvé, Hedges, interrogé par l’historien Pierre-Luc Brisson, explique pourquoi la droite religieuse américaine appuie Trump, dont la vie privée s’oppose pourtant au véritable esprit chrétien. Il note que cette droite « n’est pas un mouvement religieux » au sens orthodoxe. Selon lui, il s’agit d’un mouvement déviant « qui, obnubilé par le pouvoir pratique, ne pense qu’à la sacralisation de la puissance et de l’impérialisme américains ».

Ses adhérents se comparent, montre Hedges, aux protestants allemands pronazis des années 1930 dont, à la Faculté de théologie de Harvard, James L. Adams (1901-1994) lui avait appris la nocivité à la lumière d’un séjour (1935-1936) en Allemagne. Pour ces protestants pronazis, résume aujourd’hui le journaliste, « Hitler était un messie du peuple allemand ». Il trouve chez eux, estime-t-il, « une vision similaire à celle de nombreux supporteurs évangéliques de Trump ».

Fils d’un pasteur presbytérien progressiste et devenu lui-même, en 2014, pasteur de cette confession, Hedges connaît de l’intérieur le protestantisme américain et sait en discerner les tendances. Il mesure le fossé qui sépare le libéralisme religieux, le sien, du fondamentalisme animant, rappelle-t-il, 28 % de l’électorat, dont 80 % appuient Trump. Il dépeint avec flair la tendance qui représente le mieux la politisation fondamentaliste : le« dominionisme », c’est-à-dire l’aberrante théologie de la domination.

Cette brutale contrefaçon du christianisme, établit Hedges, pourrait aussi s’appeler la théologie de la prospérité. Selon elle, expose-t-il avec clairvoyance, « Jésus aurait prônél’enrichissement individuel et la non-intervention de l’État dans l’économie ». La doctrine ainsi concoctée, ironise le journaliste, « enchante les milieux d’affaires américains ».

Ce que Hedges, toujours narquois, appelle « le commerce de Dieu » s’exprime surtout par Trinity Broadcasting Network (TBN), la chaîne mondiale de télévision évangéliste, basée en Californie. Il s’accompagne souvent d’une croisade contre l’avortement, l’homosexualité, l’évolutionnisme niant la création biblique du monde en six jours…

Le théologien protestant allemand Dietrich Bonhoeffer (1906-1945), exécuté pour s’être opposé à Hitler, avait du christianisme une interprétation combien plus profonde. Hedges se doute qu’il aurait décelé un lien entre Hitler et Trump.

Extrait des «Fascistes américains»

«La droite chrétienne a trouvé dans la télévision le média idéal pour promouvoir son credo totalitaire. Ses dirigeants misent sur la capacité de la télévision à provoquer, lentement, un état d’hypnose imperceptible et exploitent le credo quia absurdum (je crois parce que c’est absurde).»


Les fascistes américains

★★★ 1/2

Chris Hedges, Lux, Montréal, 2021, 296 pages



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