L’enfance de l’art

Comme chaque fois qu’il parle d’enfance, Stephen King fait mouche.
Photo: Comme chaque fois qu’il parle d’enfance, Stephen King fait mouche.

S’il est le maître incontesté de l’horreur, Stephen King est également un magicien par sa façon de traiter l’enfance comme l’un des beaux-arts. Et il ne s’en prive pas — du classique Ça au récent L’institut, et maintenant avec Après.

Court roman selon les normes « kingiennes » (même pas 350 pages), Après nous met en présence du jeune Jamie Conklin qui, à six ans, a découvert qu’il pouvait voir les morts. Mais pas à la façon de Cole Sear dans The Sixth Sense, prend le temps de préciser l’auteur par la bouche du personnage.

Le gamin voit en effet ceux qui viennent de mourir dans l’état où ils sont morts. Avec les vêtements qu’ils portaient alors, mais aussi avec leurs plaies et blessures, parfois horrifiantes. Oui, Jamie fait des cauchemars.

Deux choses au sujet de ces « spectres » : ils disparaissent au bout de quelques heures ou de quelques jours ; et surtout, ils ne peuvent mentir quand on leur pose des questions. Ce qui peut être très pratique pour retrouver des objets disparus, pour obtenir une information et même pour mettre un point final à un roman inachevé mais très attendu.

Sauf que cela peut également être très dangereux. Par exemple quand une inspectrice de police en quête de reconnaissance oblige le garçon, dont elle est l’une des seules à connaître le secret et le don, à lui donner un coup de main. Des dizaines, peut-être des centaines de vies, sont en jeu. Et le responsable de ce crime en devenir s’est fait sauter la cervelle.

Le hic, c’est que ce mort-là n’est pas comme les autres. Sinon, il n’y aurait pas d’Après.

Stephen King excelle dans sa façon d’intégrer l’horreur et, mieux, l’épouvante dans la vie ordinaire de gens ordinaires. Ici, il nous présente Jamie. Il nous raconte sa relation complice avec sa mère. Il nous le fait aimer. Puis, il place ce héros improbable et pur face au Mal le plus vil. C’est David contre Goliath et, le genre étant ce qu’il est, l’auteur étant qui il est, on ne sait jamais qui va l’emporter.

Résultat : avec sa mise en place méticuleuse suivie d’une mise en action redoutable, et avec sa narration efficace jusqu’au détail, Après n’est peut-être pas aussi riche que L’institut, mais il est impossible d’en décrocher — d’autant que dans le monde selon King, les lecteurs le savent, « c’est jamais fini tant que c’est pas fini ».
 

Après

★★★ 1/2

Stephen King, traduit de l’anglais (américain) par Marina Boraso, Albin Michel, Paris, 2021, 330 pages

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