«Le Devoir» aux Éditions Somme toute

Au cours de la première année, la marque Somme toute/«Le Devoir» entend publier une dizaine de titres et développer la «série de collections».
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Au cours de la première année, la marque Somme toute/«Le Devoir» entend publier une dizaine de titres et développer la «série de collections».

Le Devoir a annoncé jeudi un nouveau partenariat avec la maison d’édition Somme toute. Une entente qui permettra au quotidien indépendant de publier des livres — une dizaine par année — et de « mettre en valeur les auteurs du Devoir, journalistes et collaborateurs, [ses] contenus actuels et [ses] archives », a indiqué le directeur du journal, Brian Myles, à ses employés.

« Le format du livre, plus étoffé et moins éphémère que celui d’un quotidien, est une vitrine de plus pour mettre en valeur le talent de nos journalistes et de nos collaborateurs ainsi que la richesse offerte par plus de 110 ans d’archives », a ajouté M. Myles par voie de communiqué.

Le programme éditorial

Au cours de la première année, la marque Somme toute/Le Devoir entend publier une dizaine de titres et développer la « série de collections », comme l’a expliqué le président des Éditions Somme toute, Serge Théroux. « Je lis Le Devoir très différemment depuis qu’on discute de cette entente, a-t-il confié au téléphone. Je vois plein de possibilités pour le programme éditorial, qu’on doit encore bâtir. »

« Ça pourrait se décliner autour du Devoir de philo et dans des livres de synthèses et de vulgarisation — on pourrait appeler ça “Le Devoir de comprendre”… —, ou sur des sujets qui touchent à l’identité, à la culture… » a-t-il donné comme exemples.

Le format du livre, plus étoffé et moins éphémère que celui d’un quotidien, est une vitrine de plus pour mettre en valeur le talent de nos journalistes et de nos collaborateurs ainsi que la richesse offerte par plus de 110 ans d’archives

 

Le directeur du Devoir a ajouté, de son côté, qu’« il pourrait s’y publier aussi des reportages étendus, des recueils de chroniques, et même une œuvre entièrement originale, un essai, pourquoi pas ? ».

« Somme toute a été une alliance naturelle, a indiqué M. Myles dans la foulée. Les anciens journalistes du Devoir Serge Truffaut, Guy Taillefer et Claude Lévesque y sont déjà publiés, ainsi que le photographe Valérian Mazataud. »

« On s’est demandé si on se lançait en édition nous aussi, comme les autres », a mentionné le directeur. Depuis 1989, les Éditions La Presse, par exemple, donnent dans les livres pratiques, les livres de cuisine, les biographies, les récits et les essais, donnant souvent la plume ou la parole, parfois les deux, à des personnalités publiques très connues.

Les Éditions du Journal (Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec), fondées en 2015, font de leur côté partie du Groupe Ville-Marie littérature, qui détient une grande expérience éditoriale.

« On a préféré ce projet d’association, de cobranding avec Somme toute, qui nous permettra d’atteindre nos objectifs plus rapidement », soit faire rayonner davantage, et dans un temps plus long, les journalistes et les contenus du Devoir.

La force des idées

Le gros du travail, selon Serge Théroux, sera de faire passer le côté éphémère de l’information à la plus grande longévité du livre. « L’idée est d’élargir le lectorat. Idéalement, il y aura toujours une part d’inédit. »

Brian Myles, la rédactrice en chef du Devoir, Marie-Andrée Chouinard, et Serge Théroux forment le comité qui choisira les projets. Le travail d’édition sera assuré par Somme toute, par le truchement d’éditeurs délégués pigistes. Les grilles graphiques seront pensées conjointement.

Pour faciliter l’écriture, Le Devoir pourra dégager les journalistes dont les projets ont été retenus pour une période allant jusqu’à huit semaines.

« Notre entente n’est pas contraignante à l’égard des journalistes et collaborateurs du Devoir, a précisé Brian Myles dans son courriel à la rédaction. Toutefois, nous encouragerons et faciliterons la publication d’ouvrages dans les collections Somme toute/Le Devoir dans la mesure du possible. » Serge Théroux renchérit : « Il n’est pas du tout question de faire dévier les journalistes du Devoir qui ont déjà des ententes avec d’autres éditeurs. »

Le partenariat permettra au Devoir de toucher des redevances modestes sur l’usage de sa marque, qui varieront selon le type d’ouvrages et selon qu’ils s’appuient sur des archives ou sur de l’inédit.

« Il n’était pas question que ça gruge les droits d’auteur de nos journalistes », a tenu à préciser Brian Myles. Les journalistes-auteurs signeront de leur côté une entente directe avec Somme toute, de gré à gré.

Le maillage

Le maillage entre média d’information et édition de livres se retrouve régulièrement dans le paysage de l’imprimé. « C’était une alliance “classique” dans les années 1895-1934, indique le sociologue de la littérature Michel Lacroix, à un moment où l’édition était encore fragile et les éditeurs, rares. Les journaux avaient l’avantage d’avoir déjà la base matérielle pour imprimer. »

Aujourd’hui, le prof à l’UQAM y voit plutôt le signe d’un « retour à une conception du journalisme et de l’édition, comme essentiellement centrés sur des idées, la chronique, l’éditorial, etc., plutôt que sur l’actualité. »

Retour aux sources pour «Le Devoir»

Entre 1910 et 1930, Le Devoir fut l’un des plus importants éditeurs de livres et de brochures au Québec, possédant même son imprimerie — l’Imprimerie populaire limitée — et sa petite librairie. Pas moins de 500 ouvrages y furent produits entre 1910 et 1953 : des pamphlets, des romans, des récits, de la poésie et des conférences, nombreuses, du fondateur, Henri Bourassa — 70 fascicules, dont 15 en anglais.



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