«Polly»: guille ou farçon?

La bande dessinée «Polly» démystifie avec subtilité l’intersexuation.
Photo: La bande dessinée «Polly» démystifie avec subtilité l’intersexuation.

Avant que Polly vienne au monde, ses parents n’ont pas voulu connaître le sexe de leur enfant. À la naissance de Polly, ses parents ont demandé à la sage-femme si leur enfant était un garçon ou une fille. Or, la sage-femmen’a pas su quoi répondre. Tout au plus a-t-elle dit que l’enfant avait une « ziziette », un « tout petit zizi » sans les « coucouillettes ».

Puis, un médecin a expliqué aux parents de Polly qu’il allait le-la « réparer » quand il-elle aura sept ans : « Il faut que Polly soit un garçon comme les autres. » Il ignorait que « les enfants comme Polly, on les appelle des intersexes. Ça veut dire ni garçon, ni fille. Ou bien les deux à la fois. Garçon et fille. Ziziette. Entre les garçons et les filles, il y a un tout petit interstice, un espace à part, un terrain vague et précis à la fois. C’est entre les deux. »

Première collaboration entre le metteur en scène et dramaturge français Fabrice Melquiot et la bédéiste suisse Isabelle Pralong, Polly lève délicatement le voile sur une réalité qui touche 1,7 % de la population, l’intersexuation — longtemps appelée hermaphrodisme et récemment intersexualité.

Suivant leur personnage jusqu’à l’âge adulte, l’auteur et l’illustratrice traduisent avec subtilité les tourments de Polly, de même que sa rage refoulée et sa douleur face aux regards curieux, parfois hostiles, des autres. Afin d’illustrer l’incompréhension de ses parents, d’une amoureuse, de potentiels employeurs, Isabelle Pralong privilégie tantôt des plans larges, où les personnages deviennent presque anonymes, tantôt des scènes se juxtaposant. Par moments, les phylactères s’entrechoquent de manière à reproduire le chaos qu’est la vie de Polly.

Pour sa part, Fabrice Melquiot ponctue le récit de brefs passages poétiques, dans lesquels un narrateur bienveillant s’adresse à Polly. S’il emploie l’écriture inclusive pour parler de Polly (« Tu te tiendras assis.e, loin de tout miroir »), il préfère joindre par traits d’union les pronoms, adjectifs et articles plutôt que d’utiliser ceux que propose la grammaire neutre, méconnus du grand public. Se concluant par une amusante réflexion sur le sens des mots, cette bédé, où les cases n’ont pas leur place, ne pouvait paraître à un meilleur moment. 

Polly

★★★ 1/2

Fabrice Melquiot et Isabelle Pralong, La joie de lire « Somnambule », Genève, 2021, 152 pages. À partir de 13 ans.

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