«Des choses formidables»: le petit monde de Wilbur

Susin Nielsen raconte l’histoire d’un adolescent qui cherche à s’affirmer avec l’aide de ses amis.
Photo: Tallulah Photograph Susin Nielsen raconte l’histoire d’un adolescent qui cherche à s’affirmer avec l’aide de ses amis.

Né à Vancouver, Wilbur, 14 ans, vit à Toronto depuis quelques années avec ses mères, Mom, une actrice tirant le diable par la queue, et Mamou, qui cumule les petits boulots. Joueur de triangle dans l’orchestre de l’école Pierre-Elliott-Trudeau, il a peu d’amis à part le timide Alex, qui le néglige depuis qu’il sort avec le flamboyant Fabrizio, et Sal, un survivant de la Shoah âgé de 85 ans avec qui il pratique l’aquaforme le samedi matin.

Aspirant écrivain, il est depuis trois ans victime d’intimidation de la part de Tyler, beau garçon se plaisant à humilier ses pairs et qui a rendu public un texte très intime de Wilbur. Depuis le malheureux incident, plusieurs élèves le surnomment Wilbite. Pour ajouter à ses malheurs, Wilbur a un physique plutôt ingrat. « Mon unique but maintenant : essayer de survivre », confie le narrateur de Des choses formidables.

N’ayant pas son pareil pour explorer les affres de l’adolescence avec justesse, émotion et une pointe d’humour irrésistible, Susin Nielsen, scénariste de la populaire série Degrassi, livre ici un roman d’apprentissage traditionnel relevé par une galerie de personnages excentriques et truffé de nombreuses références au classique d’E.B. White, Le petit monde de Charlotte. Sans donner de leçons ni sombrer dans le mélo, la romancière y aborde aussi la précarité de l’emploi, la solitude des aînés, le racisme et l’homophobie par la bouche de son héros.

Bien qu’il pose sur lui-même un regard impitoyable, Wilbur ne joue jamais à la victime. Dans son for intérieur, il connaît sa valeur. Tandis qu’il décrit le petit monde qui l’entoure, il fait montre d’un esprit vif, d’une imagination débordante et d’une curiositéinsatiable. Sans difficulté, le lecteur se prend d’affection pour le jeune narrateur qui, malgré son unicité, ressemble à bon nombre d’ados.

La vie de Wilbur sera chamboulée le jour où, grâce à un échange culturel, des élèves français arrivent à Pierre-Elliott-Trudeau, parmi lesquels la « spectaculaire » Charlie. « Le temps s’est immobilisé. Elle était grande, presque autant que moi, et large des épaules et des hanches. Elle était vêtue d’un manteau en fausse fourrure jaune, d’une minijupe mauve, d’un collant noir à pois blancs et de bottillons noirs. »

Constatant que Wilbur en pince pour Charlie, Tyler fera mine de s’intéresser à elle : « Oh, Wilbite. Mon pauvre Wilbite plein d’illusions, a dit Tyler en enfonçant son index dans mon ventre flasque. Tu ressembles au bonhomme Pillsbury format géant. Tu es fade. Tu es… rien. Tu es… un zéro. Ce n’est pas moi, ton plus grand obstacle. Toi, tu es ton propre obstacle. »

Sans surprise, Susin Nielsen suivra alors le schéma trop souvent rencontré dans les films pour ados, c’est-à-dire que le vilain petit canard aura droit à une transformation à la Queer Eye, gracieuseté de ses amis, pour séduire l’élue de son cœur. Au grand bonheur du lecteur, la romancière évitera les revirements hollywoodiens afin de privilégier une émouvante réflexion sur la force et l’importance de l’amitié tout au long de ce charmant récit sur l’affirmation de soi.

Des choses formidables

★★★★

Susin Nielsen, traduit de l’anglais par Rachel Martinez, La courte échelle, Montréal, 2021, 318 pages. À partir de 11 ans.

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