«Pour que tu mèmes encore»: l’école du dixième art

En se définissant par la possibilité offerte à chacun de faire circuler et de remodeler, selon ses inclinations, toute idée ou tout fragment de culture, les mèmes créent une nouvelle forme de folklore.
Photo: Somme toute En se définissant par la possibilité offerte à chacun de faire circuler et de remodeler, selon ses inclinations, toute idée ou tout fragment de culture, les mèmes créent une nouvelle forme de folklore.

Profus en clins d’œil aux codes de la culture populaire, l’ouvrage collectif Pour que tu mèmes encore : Penser nos identités au prisme des mèmes numériques n’en appartient pas moins à l’univers universitaire. Si l’intention du collectif de contribuer au développement d’une littérature francophone traitant de ce phénomène s’avère louable, celle-ci pourra difficilement être utilisée pour son propre bénéfice par une majorité de « prosommateurs » — contraction de « producteur » et de « consommateur » — de mèmes, la part de vulgarisation se limitant à la présentation générale du livre.

En se définissant par la possibilité offerte à chacun de faire circuler et de remodeler, selon ses inclinations, toute idée ou tout fragment de culture, les mèmes créent une nouvelle forme de folklore. À cet égard, omniprésentes sur les réseaux sociaux, ces créations mêlant textes et images sont emblématiques de la dimension participative de la culture populaire à l’ère d’Internet.

Pour rendre compte de l’évolution du phénomène, les textes de l’ouvrage s’ordonnent de manière quasi chronologique, de l’origine du concept de mème tel que l’a défini le biologiste Richard Dawkins dans les années 1970 jusqu’à l’impact de sa descendance numérique sur l’engagement politique et communautaire contemporain. De nombreuses redites et la portée variable des différentes contributions nuisent cependant à l’émergence, au terme de la lecture, d’un panorama réellement cohérent de la manière dont nous vivons avec les mèmes.

Par exemple, suivant deux chapitres consacrés à l’usage politique des mèmes, le texte qui traite de l’impact des algorithmes rompt avec la perspective collective des précédents pour adopter un point de vue individuel. Comme il y est question de la tendance des algorithmes à isoler les usagers dans des chambres d’écho, il eût été aisé de maintenir la continuité entre les textes, en approfondissant par exemple l’interférence probable de ces outils dans la production et la circulation de mèmes qui visent le changement social.

Également, de manière scolaire, une proportion importante de chaque texte est consacrée à définir et à contextualiser les outils conceptuels mis en œuvre. Cela a pour effet d’alourdir considérablement la lecture lorsque les précautions prises sont nombreuses. Notons tout de même la présence d’une bibliographie exhaustive, à jour et abondamment citée tout au long de l’ouvrage.

Finalement, dans son introduction, le codirecteur de l’ouvrage Stéphane Girard souligne que « […] les langues naturelles (le français, l’anglais, l’espagnol, le russe, etc.) […] constituent probablement la forme de transmission virale la plus efficace […], car la plus complète, complexe et intrinsèque à notre espèce ». Dans cette veine, pour traiter d’un phénomène dont l’existence repose sur la viralité, l’ouvrage aurait gagné à être expurgé des tournures opaques qui vident le langage de son pouvoir d’évocation.

Pour que tu mèmes encore : Penser nos identités au prisme des mèmes numériques

★★ 1/2

Sous la direction de Mégan Bédard et Stéphane Girard, Somme toute, Montréal, 2021, 248 pages

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