Vers un retour à la normale pour les bibliothèques publiques

Chose certaine, certains comportements des habitués des bibliothèques ont changé de manière définitive durant la crise sanitaire.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Chose certaine, certains comportements des habitués des bibliothèques ont changé de manière définitive durant la crise sanitaire.

Les bibliothèques publiques se remettent lentement, mais sûrement, de la pandémie, après des mois difficiles, qui l’auraient été encore plus n’eût été l’immense succès du livre numérique au plus fort de la crise. Aujourd’hui, le nombre d’emprunts sur place reprend de l’ampleur, bien que les chiffres restent pour l’heure légèrement en deçà du niveau d’avant pandémie.

Actuellement, les emprunts atteignent 80 % de ce qu’ils sont normalement, selon l’Association des bibliothèques publiques du Québec, qui pense avec optimisme que les choses reviendront à la situation pré-COVID a priori plus tôt que plus tard. Pour les bibliothèques, le décalage qui persiste entre le nombre actuel d’emprunts et celui à pareille date en 2019 s’explique en partie par le fait que les visites de groupes scolaires demeurent plus rares qu’à l’habitude.

« Ils commencent à revenir. Si on enlève plusieurs groupes qui empruntent énormément dans une semaine, c’est sûr que ça joue sur le taux d’emprunt », poursuit la directrice générale de l’Association, Ève Lagacé, qui faisait preuve d’un enthousiasme inébranlable alors que s’amorçait, samedi, la Semaine des bibliothèques publiques. En tout, et partout, l’achalandage des bibliothèques publiques est présentement inférieur de 25 % par rapport à ce qu’il était avant mars 2020. À cause des groupes scolaires, moins nombreux, mais aussi des activités, comme les rencontres de lecteurs avec des écrivains, qui restent plus complexes à organiser en raison des mesures sanitaires persistantes.

N’en demeure pas moins que la pandémie aura été une occasion pour les bibliothèques publiques de toucher une nouvelle frange de la population qui leur faisait jusque-là défaut. Nombre de jeunes adultes ont profité au cours des derniers mois des salles privées dans les bibliothèques, unique exutoire au télétravail et à l’école à distance durant les confinements. « De façon classique, les gens de la fin vingtaine, on les perdait un peu, mais là, comme tout était fermé, plusieurs ont découvert nos installations », se réjouit Mme Lagacé, qui dit espérer que cette nouvelle clientèle continuera de fréquenter les bibliothèques à la fin de la pandémie.

Livre numérique

Chose certaine, certains comportements des habitués des bibliothèques ont changé de manière définitive durant la crise sanitaire. À commencer par l’emprunt de livres au format numérique. Au plus fort de la première vague, quand toutes les bibliothèques étaient fermées, le service BiblioPresto.ca recevait environ 15 000 demandes par jour pour des éditions numériques. Un phénomène nourri à l’époque principalement par la littérature jeunesse.

Depuis que les bibliothèques ont repris du service, à l’automne 2020, ce chiffre est redescendu autour de 8000 emprunts numériques quotidiens, ce qui demeure considérablement élevé par rapport aux 5000 livres virtuels qui étaient distribués en moyenne chaque jour avant le cataclysme du printemps 2020.

« Il y a des usages qui ont été créés durant la pandémie, qui vont demeurer et qui vont continuer de se développer. On était déjà sur une pente ascendante, mais la pandémie a accéléré tout ça », analyse Jean-François Cusson, directeur général de BiblioPresto, qui offre aujourd’hui des services numériques pour les abonnés de la plupart des bibliothèques du Québec.

De quoi faire mentir plusieurs mauvaises langues, qui donnaient le livre numérique pour mort il y a quelques années en raison du nombre de ventes jugé décevant par rapport aux attentes très élevées lors de l’arrivée sur le marché des tablettes et des liseuses. « Ceux qui ont cru que le livre numérique allait remplacer le papier ne venaient pas du monde du livre. Personne dans le milieu littéraire n’a pensé ça », nuance M. Cusson, qui a la ferme conviction que les deux formats sont promis à un brillant avenir.

Avec Catherine Lalonde

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