«Pas un jour sans un train»: train de vie

Ce sont des lieux de transition et d’inspiration. On y fend le paysage avec notre propre reflet dans la vitre ou bien en compagnie de parfaits inconnus dans un espace clos, témoin parfois obligé de leurs conversations, de leurs silences et de leurs effluves — bonnes ou mauvaises.

« Le train contredit la tristesse », écrit Robert Lalonde. On va quelque part. Une fois à bord, libéré pour quelques heures ou quelques jours d’avoir à faire des plans, le corps et l’esprit bercés par le mouvement, il n’y a aucun risque de faire fausse route.

Pas un jour sans un train, présenté comme des « Carnets », est un livre composite dans lequel l’écrivain y « voyage en même temps dans le souvenir et dans le désir ».

Si on y aperçoit l’écrivain lui-même roulant entre Salerne et Bologne, en Italie, ou bien lisant Virginia Woolf en traversant la banlieue grise de Londres, il nous y raconte avec ferveur surtout quelques épiphanies littéraires. Il le fait à travers de courts épisodes imaginaires et biographiques d’écrivains aimés, à lafois exercices d’admiration et opportunisme ferroviaire.

Gabrielle Roy dans l’express Paris-Nice au printemps 1938. Le jeune Rimbaud quittant, poèmes en poche, Charleville pour Paris. Flaubert trouvant l’inspiration pour Un cœur simple. Nabokov s’en allant chasser le lépidoptère au Montana, attrapant plutôt sur le quai de la gare de Chicago les premiers vers de Feu pâle. On y croise aussi d’autres passagers déjà familiers des lecteurs de Robert Lalonde : Flannery O’Connor, Colette et Giono.

« C’est à bord d’un train, d’un autre et d’un autre encore, que j’ai appris d’abord à espionner, puis à laisser parler mes personnages », raconte l’auteur de La belle épouvante et du Monde sur le flanc de la truite. Un hommage à « l’émouvante hospitalité » du train.

 

 

Pas un jour sans un train

★★★

Robert Lalonde, Boréal, Montréal, 2021, 208 pages

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