Un legs de livres rares et précieux

Le centre des livres rares de l’UQAM met la main sur environ 700 titres conservés durant des siècles. Ces ouvrages se trouvaient, jusqu’à cette semaine, dans la bibliothèque du couvent franciscain de Montréal.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Le centre des livres rares de l’UQAM met la main sur environ 700 titres conservés durant des siècles. Ces ouvrages se trouvaient, jusqu’à cette semaine, dans la bibliothèque du couvent franciscain de Montréal.

Le centre des livres rares de l’UQAM met la main sur environ 700 titres conservés durant des siècles par les Franciscains. Ces ouvrages se trouvaient, jusqu’à cette semaine, dans la bibliothèque du couvent franciscain de Montréal. Il s’agit du noyau dur, le plus important d’une vaste collection dont plusieurs titres ont été dispersés depuis quatre ans dans divers établissements, de même que chez des collectionneurs et des historiens.

Un étudiant à la maîtrise en histoire à l’UQAM, Maxime Laprade, employé par les Franciscains pour travailler sur le devenir de leur bibliothèque, a favorisé la jonction entre l’université et les religieux.

Du point de vue qualitatif, le don est jugé tout à fait exceptionnel. L’UQAM hérite d’un fonds cohérent, observent des spécialistes, un ensemble préservé de la dispersion, ce qui est rare en Amérique du Nord et au Québec.

Il s’agit de tous les livres consacrés au monde franciscain que conservait le couvent de Montréal. D’autres ouvrages de cette bibliothèque ont cependant été vendus au cours des dernières années, en prévision d’un déménagement.

Ces centaines d’ouvrages rares et précieux — plusieurs manuscrits du XVe siècle, des incunables, des ouvrages du XVIe siècle jusqu’au XIXe — dont hérite l’UQAM constituent un fonds exceptionnel pour les historiens du livre et de la culture, pour les médiévistes et les modernistes, autant que pour les historiens et pour l’histoire de cet ordre religieux majeur bien implanté en Amérique.

Un ouvrage inconnu

Hugues Ouellet, bibliothécaire au Centre des livres rares et des collections spéciales de l’UQAM, fait allusion à une acquisition hors du commun : « un manuscrit du XVe siècle qui compte 751 folios ».

Cet ouvrage particulièrement précieux, une « vie franciscaine » d’origine italienne, s’avère inconnu jusqu’ici. Il s’agit d’une vie d’un saint franciscain qui demande encore à être examiné de plus près, mais qui parait a priori très rare.

Ces ouvrages précieux rendent compte d’évolutions du monde social et des croyances qui structurent peu à peu l’Église. Il s’agit, dans ce cas précis, d’un texte fort probablement jamais étudié à ce jour par les médiévistes, du moins selon Jacques Dalarun, grand connaisseur français de l’univers franciscain et de sa tradition. Dalarun a pu voir le manuscrit récemment, lors d’une visite à Montréal.

Un autre livre d’intérêt, indique Hugues Ouellet, porte l’estampille de l’Institut de recherches médiévales. Créé à Montréal en 1942 par les Dominicains et intégré à l’UdeM, cet institut fut le cœur vibrant de ce champ d’expertise au Québec. C’est là dans la province qu’on pouvait trouver, pendant des décennies, une introduction à l’histoire médiévale : théologie, philosophie, droit, langues et culture.

« Les livres les plus rares devraient être rendus disponibles aux chercheurs à compter du mois de décembre, précise le bibliothécaire. D’autres le seront en janvier. Ils vont être intégrés progressivement à notre collection. »

Seuls exemplaires en Amérique

Ces livres que possédera désormais l’UQAM sont en latin, en italien, en espagnol et en français. Parmi nombre d’auteurs médiévaux franciscains présents dans l’ensemble, on trouve Duns Scot, un penseur, comme Guillaume d’Ockham ou encore Nicolas de Lyre, un auteur très important pour l’histoire de l’exégèse biblique. On peut aussi noter des auteurs mystiques, comme Angèle de Foligno ou Ubertin de Casale, dont le nom a été popularisé par le roman d’Umberto Eco Le nom de la rose, qui connut aussi un grand succès au cinéma.

Certains livres peuvent être les seuls exemplaires en Amérique du Nord ou presque d’une édition

 

Au nombre des livres qui se retrouveront sous peu à l’UQAM, certains portent la marque du père Éphrem Longpré. Issu d’une famille canadienne-française à peu près analphabète, ce religieux étudia l’histoire en Italie, rédigea une thèse et travailla à la publication de la Somme théologique d’Alexandre de Halès (XIIIe siècle).

Au début des années 1920, tout juste dans la trentaine, ce frère par ailleurs très antilibéral jouit d’une reconnaissance internationale dans le milieu des études sur le Moyen Âge.

L’ordre franciscain, fondé au XIIIe siècle en Italie, s’est établi en Nouvelle-France au XVIIe siècle. « On a, dans ce fonds, des ouvrages et des éditions anciennes, relatifs aux grands auteurs et grandes figures de l’ordre dès ses débuts », indique la professeure Piroska Nagy. « Certains livres peuvent être les seuls exemplaires en Amérique du Nord ou presque d’une édition. »

« On peut étudier, à travers tout cela, observe encore la médiéviste, la culture des frères franciscains au Québec depuis leur établissement au XVIIe siècle, mais aussi, par exemple, venir à donner de nombreux sujets de recherche à des étudiants : sur les pèlerinages en Terre sainte, sur la mystique franciscaine, sur le culte de saint François, sur l’exégèse biblique chez les Franciscains, ou encore sur la manière dont les Franciscains de Montréal lisaient le Moyen Âge. À partir de l’histoire de ces livres, on peut étudier la culture de cet ordre, ses réseaux — d’acquisition, de circulation, de personnes et de connaissances. »


Une version précédente de ce texte, qui associait le manuscrit du XVe siècle mentionné au sixième paragraphe directement à Saint François d’Assise plutôt qu’à un saint dans son horizon, a été corrigée.

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