«Plie la rivière»

Dans ce bref, dépaysant et sulfureux conte pour adultes, Audrée Wilhelmy (Oss, Le sang des bêtes) renoue avec son personnage fétiche, Noé, dite la Petite, enfant fauve et mutique d’Oss, engagée dans une relation fusionnelle avec l’Ours, moquée par les garçons du village. « Oss d’enfer de maudit pays de sorcières sans pudeur », grogne tout bas Emessie, vendeur de bonbons ambulant comme son père du même nom, lorsque Noé lui demande de l’emmener. Rappelant les contes des frères Grimm et le folklore de l’Europe de l’Est, Plie la rivière plonge le lecteur dans un univers onirique, érotique et amoral où le passé et le présent de Noé s’entremêlent tant et si bien qu’ils forment un tout nébuleux auquel il se raccroche non sans difficulté. Avec ses entêtants effluves sylvestres et ses relents de viande pourrie, ses riches descriptions d’une nature foisonnante et d’une société décadente, ce récit d’une rencontre fantasmée entre la femme, l’homme et l’animal fascine et rebute à la fois.

Plie la rivière

★★★

Audrée Wilhelmy, Leméac, Montréal, 2021, 83 pages

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