Ce que les véganes veulent, plusieurs jeunes le veulent aussi

Les autrices Alexia Renard et Virginie Simoneau-Gilbert s’intéressent principalement à l’éthique animale et aux courants sociaux qui entourent la cause animale.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les autrices Alexia Renard et Virginie Simoneau-Gilbert s’intéressent principalement à l’éthique animale et aux courants sociaux qui entourent la cause animale.

Pythagore défendait le végétarisme, tout comme Rousseau et Voltaire. Platon faisait de la cité idéale une cité végétarienne. Le pape Jean-Paul II a même ouvert les portes du paradis aux animaux. Mais encore. Entre les principes philosophiques, les concepts spirituels et les actions concrètes, le véganisme est encore aujourd’hui regardé de travers. Et c’est pour en expliquer les principales lignes et déconstruire certaines idées, voire caricatures, que les chercheuses Virginie Simoneau-Gilbert et Alexia Renard on écrit Que veulent les véganes ? – La cause animale, de Platon au mouvement antispéciste.

Le jour où Le Devoir s’entretenait avec les deux autrices, ils étaient des milliers à marcher dans les rues du Québec pour faire entendre leurs préoccupations au sujet des enjeux climatiques. « Il y a une jeunesse qui est super engagée dans les enjeux écologiques, éthiques et environnementaux. Moi, je trouve ça vraiment admirable et je crois qu’on va dans la bonne direction grâce à eux, note Alexia Renard, dont la thèse de doctorat porte justement sur les adolescents véganes. Pourde plus en plus de jeunes, ce n’est même plus une option, être végane est la norme. »

« Ils ont tendance à influencer leurs parents et leur famille, renchérit Virginie Simoneau-Gilbert, citant au passage la militante suédoise Greta Thunberg. Donc même si c’est un combat qui est porté par les jeunes, il y a vraiment un gros potentiel d’expansion politique. […] On a beaucoup d’espoir. »

Voilà, en partie, la conclusion de leur essai ; un condensé de quelque 150 pages qui expose toute la complexité historique et philosophique du mouvement végane. Les autrices, deux doctorantes qui s’intéressent principalement à l’éthique animale et aux courants sociaux qui entourent la cause animale, terminent d’ailleurs leur document en soulignant le défi de synthèse qu’elles avaient devant la multiplicité des développements dans le mouvement animaliste.

« Ce livre est pour les gens qui veulent en connaître plus sur les mouvements sociaux, mais aussi sur l’histoire de la philosophie. Parce que, finalement, à travers l’histoire du droit des animaux, on revient sur un questionnement central : qui est le propre de l’homme ? Est-on différent des animaux ? Ce sont des questions éternelles », souligne Virginie Simoneau-Gilbert.

On aborde ainsi l’histoire politique des droits des animaux, avec notamment la « renaissance végétarienne » au siècle des Lumières jusqu’à la fondation de la Vegan Society en 1944, en soulignant au passage l’apport des femmes dans la cause animale, commela création des premiers refuges en Pennsylvanie.

« À la fin du XIXe siècle, de plus en plus de femmes vont s’engager dans le mouvement pour les droits des animaux, portés jusque-là plutôt par des hommes de la bourgeoisie. Et elles vontreconnaître l’oppression commune entre leur statut de femme et le statut des animaux. Ça va vraiment amener certaines femmes de gauche et aussi des familles du mouvement réformiste social à militer à la fois pour le droit de vote des femmes et pour les droits des animaux. […] Encore aujourd’hui, les statistiques disent que c’est un mouvement largement composé de femmes. »

Pour de plus en plus de jeunes, ce n’est même plus une option, être végane est la norme.

Est-il moral de manger de la viande ?

Notre monde contemporain apporte son lot d’enjeux et de questionnements sur l’exploitation animale. En plus de détailler les conséquences sur l’environnement, pour reprendre l’exemple, on expose divers débats au sein du même mouvement végane en explorant les dimensions philosophiques et sociologiques. Jusqu’où s’arrêtent les devoirs moraux ? demandent les autrices. « Si l’on s’émeut du sort des nombreux animaux qui meurent dans les incendies de brousse, ne devrait-on pas également se préoccuper de la souffrance de la gazelle dévorée par le lion ? écrivent-elles dans leur livre. Nos devoirs moraux s’arrêtent-ils dès lors que la menace n’est plus d’origine humaine ? Jusqu’où l’humain peut-il intervenir dans la nature ? »

« Je pense que quiconque regarde des vidéos d’abattage ne cautionne pas cette pratique. Je pense que c’est une affaire de consommation personnelle, oui, mais aussi de progrès moral, de changement de regard sur les animaux », indique Alexia Renard.

Virginie Simoneau-Gilbert ajoute : « Notre but n’était pas de défendre nos propres [opinions], mais de permettre aux gens d’avoir un maximum d’information sur le véganisme et de répondre à plusieurs questions. »

« On est plus dans une position d’observation et de compréhension des phénomènes sociaux, précise Mme Renard. [Notre livre] ne va pas se porter à la défense d’une cause en particulier. Je me considère comme une militante intellectuelle. »

On comprend alors toute l’envergure de la dernière partie de l’essai, qui traite de la sociologie de la cause animale en brossant le portrait des membres du mouvement animaliste et en exposant leurs motivations. De l’approche réformiste ou abolitionniste jusqu’à l’antispécisme, tant de variations de pensées et d’actions autour de la cause animale montrent bien que la question du véganisme est aussi philosophique que concrète.

« Cela touche à des questions de justice alimentaire et cela permet de répondre à des questions qui sont souvent posées, constate Alexia Renard. Comme celle sur les communautés autochtones qui dépendent de la pêche au phoque, par exemple. Qu’est-ce qu’on fait ? Évidemment, on n’a pas de réponse, mais on explique qu’il y a plus de convergences qu’on le pense entre les communautés autochtones et le véganisme. On parle également des luttes écologiques où les jeunes lient les questions de consommation individuelle à la question politique. Ce n’est pas “on est véganes dans notre coin”. Ils s’engagent et manifestent. On est en plein dans des sujets d’actualité. C’est fascinant ! »

Le véganisme intersectionnel

Sous la direction de la militante Marilou Boutet, un collectif d’auteurs aborde la quête d’une vie libre de combats pour tous les genres, y compris les animaux dans (V)égaux, vers un véganisme intersectionnel (Somme toute). Non binaire, féministe, végane, antiraciste… comment déployer ces luttes les unes avec les autres ? Au fil de différentes formes littéraires, ils sont une douzaine à dépeindre leurs questionnements et leurs réalités. La diversité de genres — entretiens, essais, poésie — offre une pluralité de points de vue et de démarches personnelles avec un vocable accessible pour les curieux et les convaincus.

Que veulent les véganes ? La cause animale, de Platon au mouvement antispéciste

Alexia Renard, Virginie Simoneau-Gilbert, Fides, Montréal, 2021, 200 pages



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