Quand écologique rime avec écolo mou

Sylvain Gaudreault, l’ex-ministre des Transports et des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, également ancien professeur au cégep de Jonquière, décrit dans son essai l’état des lieux environnementaux dans lesquels se trouve le Québec.
Photo: Photomontage Le Devoir Sylvain Gaudreault, l’ex-ministre des Transports et des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, également ancien professeur au cégep de Jonquière, décrit dans son essai l’état des lieux environnementaux dans lesquels se trouve le Québec.

On sait que François Legault aime lire pour se détendre. On sait aussi que, s’il avait à choisir, l’actuel premier ministre du Québec privilégierait à tout coup l’économie et l’emploi plutôt que l’environnement. Comment le convaincre, alors, de la gravité de la crise climatique que prévoit la communauté scientifique internationale ?

Le député de Jonquière et ex-candidat déchu à la chefferie du Parti québécois Sylvain Gaudreault tente sa chance en publiant le 14 septembre prochain Pragmatique. Quand le climat dicte l’action politique, un essai à saveur environnementale. Son objectif ? Expliquer aux politiciens qui, comme M. Legault, continuent de l’ignorer, l’importance des enjeux climatiques à venir.

Comme méthode, l’auteur revisite des lieux communs souvent utilisés en politique pour faire rimer écologie avec économie. Il explique, à ceux qui n’ont pas suivi l’actualité au cours de la dernière décennie, ce qu’est l’Accord de Paris et pourquoi il ne constitue pas une fin en soi, mais le début d’une nouvelle ère consacrée à la décarbonisation et à l’écofiscalité.

Une façon de maquiller en juteuses occasions d’affaires potentielles les sacrifices que devront faire les futures générations de Québécoises et de Québécois, conséquence du train de vie des générations actuelles et passées bien au-dessus de leurs moyens environnementaux.

Des questions pressantes

Une mascarade nécessaire pour que même les environnementalistes mous — catégorie dans laquelle tombent bien des politiciens peu pressés de joindre le geste à la parole quand vient le temps de jurer sur la tête de leurs enfants qu’ils prennent la chose au sérieux — arrêtent de prêter l’oreille aux climatosceptiques et autres bonzes des industries plus polluantes qui continuent d’exploiter les ressources du Québec et du Canada sans autre conséquence que la fluctuation du cours de leur action en Bourse.

« Je veux aussi donner de l’espoir aux gens », ajoute en entrevue au Devoir Sylvain Gaudreault. « Avec les feux de forêt cet été et le plus récent rapport du GIEC [Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat], il y en a plusieurs qui sont probablement déprimés. J’espère donc démontrer avec cet essai que l’action politique est possible et qu’elle peut apporter des réponses aux enjeux climatiques. »

L’ex-ministre des Transports et des Affaires municipales, des Régions et de l’Occupation du territoire, également ancien professeur au cégep de Jonquière, décrit dans son essai et de façon effectivement très pragmatique et pédagogique l’état des lieux environnementaux dans lesquels se trouve le Québec.

Quels sont les effets prévus ? Comment peut-on profiter de l’après-COVID-19 pour amorcer un virage écologique ? Comment le Québec peut-il en sortir plus fort et peut-être même plus près d’être un pays souverain ? Les questions sont pertinentes. Les réponses sont un peu convenues : investir dans des infrastructures vertes, miser fortement sur l’électrification et l’hydroélectricité, impliquer toutes les classes sociales dans cette transition.

 

Si j’étais premier ministre…

M. Gaudreault n’est pas un essayiste comme les autres. Il a voulu devenir chef du Parti québécois. Il a certainement rêvé très sérieusement à ce qu’il ferait s’il était un jour élu au poste de premier ministre du Québec. Un rêve qui s’avère lui aussi plutôt… pragmatique.

« La première chose que je ferais est de tirer un trait sur le troisième lien à Québec », dit-il tout de go. « J’utiliserais plutôt cet argent pour améliorer le transport collectif et développer le transport commercial à faibles émissions polluantes. » Il s’assurerait aussi que toutes les décisions gouvernementales passent par l’évaluation environnementale d’un comité climatique répondant directement au bureau du premier ministre. « Il faut que l’exemple vienne du plus haut niveau de décision, au-dessus des Transports, de la Santé, du Développement économique… Car le climat touche à tout. »

Un travailleur de la construction est décédé sur un chantier des suites d’un coup de chaleur plus tôt cet été, et on n’avait jamais vu ça au Québec avant, rappelle-t-il. Est-ce un enjeu économique ? De santé ? De sécurité au travail ? C’est tout ça, dit Sylvain Gaudreault.

À la table des grands

Le Canada est ainsi fait que les provinces ont le dernier mot sur la plupart des questions liées à l’énergie et à l’environnement qui touchent leur territoire. Le député du Parti québécois va évidemment faire valoir qu’un Québec indépendant serait aussi un Québec plus vert, mais qui sait si un Québec indépendant ne ferait pas par le fait même un Canada plus… brun noir ?

Contrebalancer dans la Confédération canadienne des provinces pétrolières comme l’Alberta et Terre-Neuve-et-Labrador lorsque vient le temps de parler de plafond des émissions et de l’extraction d’hydrocarbures est peut-être un rôle ingrat, mais nécessaire pour le Québec si on souhaite que le nord de l’Amérique du Nord ne fonde pas en entier. Non ?

Sylvain Gaudreault, qui a écrit son chapitre sur les raisons pour lesquelles il s’est opposé au projet de liquéfaction de gaz naturel de GNL Québec avant que le gouvernement Legault ne le bloque de manière définitive, pense qu’il faut voir plus grand que les frontières du Canada. Car le climat, lui, ne connaît pas les frontières.

« Le Québec doit influencer le reste du Canada, mais aussi le reste du monde. Le Canada est un pays pétrolier et il freine le Québec dans l’expression de ses propres ambitions climatiques », affirme celui qui aurait aimé voir un porte-parole du Québec s’asseoir aux côtés des représentants d’autres nations à la table de la 26e Conférence des Nations unies sur les changements climatiques qui aura lieu en novembre prochain à Glasgow, en Écosse.

Cela n’arrivera malheureusement pas. C’est certainement la partie la moins pragmatique de cet essai, aux côtés du discours qu’aurait prononcé M. Gaudreault s’il avait été élu chef du Parti québécois à la place de Paul St-Pierre Plamondon. Celui-là non plus ne s’est pas concrétisé.

L’auteur et politicien demeure toutefois optimiste. « On va y arriver. Ce ne sera pas facile, mais la COVID nous a démontré que l’État est capable d’agir quand ça compte. »

Il ne manque plus à l’État que d’y croire.

Pragmatique – Quand le climat dicte l’action politique

Sylvain Gaudreault, préface de Jérôme Dupras, postface de Pauline Marois. Éditions Somme toute, Montréal, 2021, 152 pages



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