Cinq bédés pour la rentrée dont vous entendrez parler!

Photo: Adil Boukind Le Devoir

Figure historique

Intrigante proposition que ce René Lévesque. Quelque chose comme un grand homme, dont on sait encore peu de choses, du côté d’un éditeur qui prend de plus en plus de place dans le monde de la bédé. Moelle Graphik a le don d’offrir des œuvres qui sortent de l’ordinaire et dont le traitement est toujours fait avec délicatesse et sensibilité. Nous pensons particulièrement à Vous avez détruit la beauté du monde de Christian Quesnel qui, soit dit en passant, collaborera à ce projet biographique autour de René Lévesque dont on sait encore peu de choses. Signée par Marc Tessier, qui s’entoure ici de plusieurs collaborateurs pour le dessin (pas une mauvaise idée, afin de briser notre réflexe de chercher la ressemblance à tout prix), l’œuvre laisse espérer une vision multiple de ce personnage plus grand que nature, autant par ses défauts que par ses qualités. Autrement dit, on souhaite que ce soit meilleur que les séries télé qui ont été réalisées sur René Lévesque, qui mérite mieux. (Date indéterminée)

Mélange des genres

Dans Yoyolalala, son album paru en mars dernier qui portait sur ses années passées comme monitrice dans un camp pour personnes autistes, Zviane s’amusait à entrecouper les petites histoires racontées par un étrange feuilleton intitulé Football-Fantaisie. Et comme Zviane a de la suite dans les idées, voilà qu’elle nous arrive, quelques mois plus tard, avec ce qui nous est présenté comme une bédé expérimentale mélangée à une histoire d’amour et à un récit de science-fiction, Football-Fantaisie (Pow Pow). Rien de moins. Parce que pourquoi faire simple quand on peut se payer la traite ? Et la prémisse de tout ça ? La petite ville insulaire de Football-Fantaisie, située au nord de la Gaspésie et où on ne comprend pas la langue parlée, qui recueille deux jeunes filles fuyant un robot tueur lancé à leurs trousses par un scientifique fou. Ambitieux, vous dites ? En tout cas, ça pique notre curiosité. (26 octobre)

 

Cure de jeunesse

Beaucoup de mystère autour d’Océan noir (Casterman), nouvel album de Corto Maltese, dont nous vous reparlerons au cours des prochaines semaines, promis ! Nouvel auteur et nouveau dessinateur, alors que Martin Quenehen et Bastien Vivès reprennent là où les Espagnols Rubén Pellejero et Juan Díaz Canales avaient laissé notre explorateur marin qui, cette fois, nous entraîne avec lui sur les eaux de la mer de Chine et dans les rues de Tokyo. On rénove le personnage en le faisant passer en 2001 (de là le côté ambitieux du projet), dans un monde bouleversé par les attentats du 11 Septembre, alors que, traditionnellement, les aventures de Corto Maltese se déroulaient au début du XXe siècle. Un rajeunissement qui, s’il est bien mené, pourrait mener à une relecture contemporaine des aventures du plus séduisant des capitaines mystérieux. En espérant seulement qu’on ne se serve pas de ce redémarrage pour nous resservir les mêmes trames narratives emballées différemment. (23 septembre)

Voix singulière

Catherine Ocelot est en train, tranquillement, de démontrer qu’elle fait facilement partie de la liste des meilleures autrices de bédé d’ici, chaque album faisant preuve d’une intelligence remarquablement sensible et d’un sens du détail, dans le dessin, tout en délicatesse. Elle est capable d’aborder des sujets complexes avec doigté et un tantinet de cynisme joyeux, comme elle le démontrait dans son excellent album Talk-show, qui racontait l’histoire d’un ours polaire en quête de cotes d’écoute. Pour Symptômes, son quatrième album, mais son premier chez Pow Pow, Ocelot nous propose une réflexion sur notre rapport aux mots et sur la gestion de notre voix intérieure. Il sera aussi question de relations humaines et de leurs effets sur notre corps et notre esprit, et aussi de ce qui nous transforme. Très prometteur. (9 novembre)

Corps féminin

Pour Le chœur des femmes (Le Lombard), son troisième album, l’autrice de bédé française Aude Mermilliod s’attaque à l’adaptation d’un roman publié en 2009 qui demeure au goût du jour, Le chœur des femmes, du Montréalais d’origine algérienne Martin Winckler. On y raconte l’histoire de Jean Atwood, une jeune interne en gynécologie qui se retrouve à l’unité 77, dirigée par le controversé Franz Karma. Si le roman avait plu lors de sa sortie, particulièrement pour la force de l’histoire racontée par Winckler, on se souvient aussi d’avoir lu quelques critiques concernant son style littéraire un peu bancal. Nous avons donc hâte de voir comment Mermilliod va réussir son adaptation, suite logique de son album précédent, Il fallait que je vous le dise, paru en 2009 et dans lequel elle parle justement de son rapport à l’avortement et met en cases sa rencontre avec le fameux Martin Winckler. Bref, elle possède déjà tous les outils pour réussir cette adaptation. Reste à voir si la greffe va prendre ! (Date indéterminée)



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