«225 milligrammes de moi»: de retour sur Terre

La romancière Marie-Sissi Labrèche renoue avec son passé  pour mieux aller de l’avant.
Jean-Daniel Richerd La romancière Marie-Sissi Labrèche renoue avec son passé pour mieux aller de l’avant.

Elle nous manquait, la voix de Marie-Sissi Labrèche (Borderline, Boréal, 2000). Cette voix pleine de bruit, de fureur, de tendresse et d’humour. Cette voix qui raconte avec un penchant totalement assumé pour la surenchère une enfance dans la pauvreté entre une grand-mère toujours en colère et une mère schizophrène trop douce.

Cette voix qui aborde avec une franchise désarmante la maladie mentale et son rapport à la médication dans cette nouvelle autofiction, 225 milligrammes de moi.

« Pendant que la médecin me prescrit des anxiolytiques pour me calmer le pompon et qu’elle augmente mes antidépresseurs à 225 milligrammes, je me rends compte qu’encore une fois j’ai eu besoin d’un public pour réaliser ce que je vivais. »

Après avoir flirté joyeusement avec le roman d’anticipation mâtiné de thriller dans La vie sur Mars (Leméac, 2014), la romancière renoue avec son passé pour mieux aller de l’avant. Ainsi revisite-t-elle sa jeunesse, ses années d’étudiante, son passage en musique, la sortie du film de sa vie. Elle revient bien sûr sur sa relation avec sa grand-mère et sa mère, ce qui donne lieu à l’une des scènes les plus bouleversantes de cette suite de tranches de vie.

« Et là elle ne s’est pas dégonflée. Elle a affronté sa mère. Elle lui a dit de se calmer le pompon, d’arrêter de chercher des poux et des puces à sa petite-fille, la chair de leur chair, et qu’elle n’a pas le droit de ruiner la tête de sa descendance comme ça. Pour une rare fois, ma mère a pris ma part. »

Quiconque la lit depuis son apparition fracassante dans le paysage littéraire pourrait lui reprocher de taper sur le même clou, de gratter les mêmes bobos, de trop se regarder le nombril. Et ce serait injuste.

En revisitant des épisodes malheureux, Marie-Sissi Labrèche jette un nouvel éclairage sur sa relation avec sa mère, se fait plus indulgente à son égard. Elle-même devenue maman, elle se plonge dans une réflexion sur la maternité, sur la filiation et sur le poids de l’héritage familial qu’elle et son mari risquent de transmettre à leur fils.

« Pourquoi ai-je fait un bébé alors que ça psychose en série dans ma famille ? J’avais tout le temps dit non à la maternité, de crainte de mettre au monde un petit être aux neurones défaillants. Peut-être que la vie veut me punir pour ma mauvaise vie d’avant ? »

Tandis que l’autrice dévoile dans le prologue campé en pleine pandémie la genèse de 225 milligrammes de moi, on comprend mieux d’où vient ce sentiment de bien-être ressenti d’un récit à l’autre. Avec sa plume décapante et sa verve vertigineuse, Marie-Sissi Labrèche décrit si bien l’anxiété, le mal-être et le sentiment d’imposteur que nous pouvons ressentir à un moment donné de notre vie qu’on a l’impression qu’elle nous tend la main. « Çavaller Çavaller Çavaller », répète-t-elle comme un mantra qu’on reprend pour soi.

Et tandis qu’elle affirme que « tant que j’écris, je ne déprime pas », on espère de tout cœur que le prochain rendez-vous ait lieu dans un avenir pas trop lointain. Et qu’on aura droit à une double dose, car 120 pages, c’est trop vite passé.

225 milligrammes de moi

★★★

Marie-Sissi Labrèche, Leméac, Montréal, 2021, 120 pages

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