«Double Nelson»: extension du domaine du catch

Indomptables ou timbrées, les femmes qui peuplent le roman de Philippe Djian n’en sont pas moins des objets qu’on reluque sans vergogne.
Photo: Witi De TERA / Opale / Leemage Indomptables ou timbrées, les femmes qui peuplent le roman de Philippe Djian n’en sont pas moins des objets qu’on reluque sans vergogne.

D’abord, c’est quoi un « double Nelson » ? À défaut d’être dans le roman, la définition apparaît sur la quatrième de couverture : « C’est une prise de soumission qui consiste, dans un match de catch, à faire abandonner l’adversaire. Mais on peut aussi s’en servir dans une relation amoureuse. » Voilà donc une chose de réglée.

Qu’est-ce que raconte Double Nelson, 32e roman de Philippe Djian (2030) ? Une histoire de couple, évidemment. Un couple improbable formé de Luc, romancier dans la quarantaine dont les ruptures amoureuses semblent être la principale source d’inspiration, et d’Edith, membre des forces spéciales d’intervention de l’armée. Si Edith ne s’était pas trompée d’adresse et n’avait pris Luc pour cible, jamais ils ne se seraient rencontrés : « Elle l’avait mis K.-O. Mais déjà, il était ensorcelé. »

Courte romance

Leur romance n’aura pas duré longtemps et se sera terminée abruptement : « Il avait fourré ses affaires dans un sac et était rentré chez lui après avoir collé un Post-it sur le miroir de la salle de bains pour informer Edith qu’il la quittait. »

Malgré cette rupture inélégante, Edith, gravement blessée, trouvera refuge chez Luc, le temps de se faire oublier par les ennemis de la France. Ou un truc du genre. Voyez-vous, ce n’est pas très clair, Djian, contrairement à un Ian Fleming ou à un Tom Clancy, ne s’étant pas donné la peine de faire des recherches approfondies afin de faire d’Edith un personnage de machine à tuer ascendant espionne crédible. Et c’est en grande partie pourquoi on n’arrivera jamais à croire à ce couple qui apprendra à revivre ensemble sans vouloir retomber amoureux sur fond de prise d’otages et d’angoisse de la page blanche.

« Non, mais dis-moi que je rêve. On se croirait dans un film », lancera Georges, médecin et père de Luc, en découvrant Edith en sale état chez son fils. En effet, on se croirait dans un film. Un film de Luc Besson. Ou un roman où Djian aurait voulu saluer Nikita. Bref, on n’y croit pas trop.

Pas plus qu’on croit à la sous-intrigue impliquant Michèle, nouvelle conquête de son voisin Marc, à peine remis d’un divorce. Après lui avoir volé un baiser, la jeune femme « sans soucis » se transforme en Glenn Close dans Fatal Attraction. « Ça n’existe pas, une fille sans soucis. Être une fille est déjà un souci en soi, déclara Edith. »

Risibles passages érotiques

Indomptables ou timbrées, les femmes qui peuplent ce roman, et devant qui les hommes ne sont jamais à la hauteur comme le répètent Luc et Marc, n’en sont pas moins des objets qu’on reluque sans vergogne. Même Edith, qui pourrait bien terrasser en une prise de catch Georges, qui se rince l’œil en lui tapotant sa cicatrice fraîche, ou Luc, qui l’espionne pendant qu’elle prend un bain de soleil. « Vivre avec une femme n’est pas de tout repos, songea-t-il, mais au moins on ne s’ennuie pas. »

Truffé de risibles passages à saveur érotique, Double Nelson est certes moins sombre que les précédents romans de l’auteur de 37o2 le matin. Pour certains, il pourrait même être annonciateur d’un tournant dans la carrière de l’écrivain de 72 ans. Si c’est le cas, il devrait déjà songer à revoir sa manière de concevoir les relations de couple.

Double Nelson

★★

Philippe Djian, Paris, Flammarion, 2021, 232 pages

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