«Odes»: éclats de joie

Avec ferveur et humanisme, l’écrivain David Van Reybrouck fait flèche de tout bois. Un livre libre et joyeux. Une chose trop rare pour être boudée.
Photo: Frank Ruiter Avec ferveur et humanisme, l’écrivain David Van Reybrouck fait flèche de tout bois. Un livre libre et joyeux. Une chose trop rare pour être boudée.

Au sens strict, à la manière de l’Antiquité grecque — comme chez Pindare —, une ode est un poème lyrique destiné à être chanté ou accompagné de musique. Échos lointains d’un genre à peu près disparu, les Odes de David Van Reybrouck en ont conservé la ferveur et l’enthousiasme.

Qu’il évoque le printemps au bois de Hal, près de Bruxelles, ou qu’il fasse l’éloge du regret, du gypaète barbu, de la sexualité fluide, de David Bowie, de la jalousie ou de la fraternité, qu’il rende hommage au moine bouddhiste Matthieu Ricard, à Kofi Annan ou au grand écrivain africain Sony Labou Tansi, chez lui, c’est avant tout le cœur qui parle.

Né en 1971 à Bruges, en Belgique, David Van Reybrouck est historien de la culture et archéologue. Cet écrivain touche à tout (romancier, poète, dramaturge, essayiste) est aussi l’auteur de Congo. Une histoire (Actes Sud, 2012, prix Médicis de l’essai), une traversée personnelle et originale de l’histoire congolaise, dans laquelle il mélangeait brillamment les genres. Il a consacré à l’Indonésie en 2020 un ouvrage du même type — qui est en cours de traduction française.

Écrites sur le vif entre 2015 et 2018 et parues pour la plupart sur la plateforme journalistique néerlandaise De Correspondent, ces « odes » généreuses mais sans lyrisme ratissent large.

Une ode au brouhaha, un mot que l’on retrouverait dans chacun des livres de l’écrivain Patrick Modiano ? Même si ses livres à la petite musique mélancolique, rappelle-t-il, n’apportent pas vraiment de réconfort. « Ils vous tirent plutôt vers le bas que vers le haut. Mais parfois se sentir compris est un plus grand réconfort que d’être galvanisé. »

Une autre est adressée à Leonard Cohen, qui « venait de l’Ancien Testament et du Canada » et dont la quête, écrit-il, « oscillait entre la peau et le silence ». Une ode au risque, dans nos sociétés où la prudence prédomine, alors que de nos jours les enfants jouent dix fois moins à l’extérieur qu’il y a trente ans. « Le bon citoyen est un citoyen prudent, et de préférence : un consommateur docile. »

Dans la même veine, David Van Reybrouck fera l’éloge de l’auto-stop en mélangeant ses propres souvenirs (comme cette fois où il a été ramassé sous une pluie battante en Irlande du Nord par le bassiste du groupe Van Morrison) avec une bonne dose de confiance envers ses semblables. On lira aussi son « ode au courage », dos à dos avec son « ode à la déconnexion », dans laquelle il se demande pourquoi nous trouvons normal qu’Internet s’approprie nos vies et nos esprits sans y être invité.

Dans un autre texte, aussi fort que touchant, il rend un hommage subtil à sa femme de ménage, une immigrante albanaise qui lui apporte bien davantage qu’un appartement propre.

Avec ferveur et humanisme, l’écrivain flamand fait flèche de tout bois. Un livre libre et joyeux. Une chose trop rare pour être boudée.

 

Odes

★★★★

David Van Reybrouck, traduit du néerlandais (Belgique) par Isabelle Rosselin, Actes Sud, Arles, 2021, 272 pages

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