Sur la route des vacances, livre à la main

Écrit par Marie-Andrée Arsenault et illustré par Catherine Petit, «Un chemin dans la mer» est une ode à l’insouciance de l’enfance.
Illustration: Les éditions de la Bagnole Écrit par Marie-Andrée Arsenault et illustré par Catherine Petit, «Un chemin dans la mer» est une ode à l’insouciance de l’enfance.

Prendre la route et découvrir de nouveaux paysages sert de fil rouge à plusieurs histoires dans lesquelles les auteurs portent un regard lumineux et émerveillé sur le monde qui nous entoure. Depuis les îles de la Madeleine jusqu’à la joie renouvelée des colonies de vacances en passant par le chant inspirant de la nature, six petits arrêts sur autant de titres qui ouvrent les horizons.

Aller voir la mer

« Le matin se lève / dessine un trait / sur la mer / Dans les herbes / un renard d’or / sous la lumière / Trésor ». Un enfant « émiette » ainsi ses « traces sur [s]es îles », éparpille [s]es pas sur le chemin » et nous fait découvrir la beauté des jours passés sur l’archipel des îles de la Madeleine. Il nous raconte le vent, la mer, le sable qui s’accumule dans les pantalons avec candeur et poésie. Écrit par Marie-Andrée Arsenault, Un chemin dans la mer est une ode à l’insouciance de l’enfance.

À coups de petits poèmes, de vers gorgés d’instants précieux, de sandales oubliées dans l’escalier, de souvenirs qui dansent sur la corde à linge, la narratrice — derrière qui la nostalgie de l’adulte est toutefois perceptible — dévoile la liberté et tous les possibles qu’offre l’été. La délicatesse de l’écriture épouse les tableaux de Catherine Petit qui, dans un style tout à la fois réaliste et aérien, reproduit les charmes des îles depuis leurs maisons colorées jusqu’à leurs châteaux de sable. La relation de complémentarité entre les vers et les illustrations facilite cette initiation à la poésie.

 
Illustration: La Bagnole Lucie Papineau et Lucie Crovatto poursuivent la découverte de la nature avec Camille et son perroquet Paolo dans «À la rescousse de Mia la tortue».

Lucie Papineau et Lucie Crovatto poursuivent quant à elles la découverte de la nature avec Camille et son perroquet Paolo dans À la rescousse de Mia la tortue, troisième opus de la série. Tout juste arrivée chez son Papi, la fillette fait la rencontre d’un bernard-l’ermite, se fait voler sa collation par les goélands et, point fort de l’histoire, aperçoit une tortue luth — la plus grosse de la planète — avec qui elle vivra un moment inoubliable.

Fidèles à leur art, Papineau et Crovatto parviennent avec aisance et naturel à fusionner l’information scientifique et le voyage de l’héroïne. L’œil de Camille est ainsi constamment stimulé par cette faune de bord de mer qu’elle observe avec émerveillement. Les tableaux réalistes de Crovatto, portés par une aura romantique, épousent cette aventure douce et enivrante. Les couleurs pastel offrent une atmosphère apaisante alors que les variations d’angles et de plans contribuent à rythmer l’histoire. Voilà un hommage à la nature finement proposé dans lequel l’importance de protéger le monde marin s’entrelace efficacement au propos sincère de la fillette.

Chemin faisant

Sinueuse, droite, escarpée, sablonnée, aérienne ou sauvage, la route participe de tous les voyages. Depuis celui qui mène vers l’école jusqu’à celui tracé dans les rêves, les chemins sont multiples. Petit album au texte bref, En route !, écrit par Oriane Smith, ouvre sur un monde infini et incertain. Car il y a, tout au long de ces routes, des inconnues qui freinent l’élan, des obstacles que l’on doit contourner pour avancer.

Le texte simple et ouvert laisse toute la place à l’imagination qui est recentrée par le trait rondouillet de Chloloula — Chloé Germain-Thérien. Colorés et détaillés, ses tableaux s’étendent sur des doubles pages et donnent vie aux courtes phrases d’Oriane Smith qui pourraient faire naître mille et un contextes. Par exemple, alors que l’autrice évoque l’attente provoquée par un obstacle, Chloloula met en scène une file de gens trépignant devant le kiosque de crème glacée. Petit album sans prétention, En route ! s’offre simplement et sans détour.

Illustration: Albin Michel Jeunesse Pour Louise, Marco, Nina, Ali et Jeanne, héros de «La colonie de vacances», de Fanny Dreyer, la route mène vers les montagnes suisses dans un chalet où les attendent les moniteurs.

Pour Louise, Marco, Nina, Ali et Jeanne, héros de La colonie de vacances, la route mène vers les montagnes suisses dans un chalet où les attendent les moniteurs. Divisée en dix chapitres, l’histoire s’ouvre sur la présentation des personnages, dévoilant tour à tour leur caractère, leurs appréhensions devant l’aventure. La suite met en scène la réunion de ces enfants dans différentes activités organisées pendant le séjour.

Fanny Dreyer évoque avec sensibilité l’atmosphère des colonies perceptible notamment dans la corvée de vaisselle, la chanson du soir ou les amitiés naissantes. Les illustrations de l’artiste suisse ajoutent à cette ambiance et transportent aussitôt les lecteurs au cœur des hauts pâturages et des collines fleuries. Dans un style où se mêlent habilement candeur et poésie, où les paysages époustouflants côtoient les lignes pures et simples des personnages, elle offre des tableaux d’une grande expressivité. Une ode à l’enfance au temps des colonies, mais aussi à la Suisse et à ses paysages.

La musique de la nature


La musique autour de nous
★★★
Gema Sirvent et Lucía Cobo, traduit de l’espagnol par Services d’édition Guy Connolly, La Montagne secrète, Montréal, 2021, 40 pages. 5 ans et plus.
 

Pour les vacances, Sofia quitte la mer et prend la route vers la forêt dans laquelle habitent ses grands-parents. Là-bas, au milieu des chênes et des pins, elle devient maestra d’une étonnante chorale. Depuis le gargouillis des souris jusqu’au chant du loup en passant par le bruissement du vent et le clapotis du ruisseau, c’est tout un orchestre qui s’anime sous les étoiles. Ce conte de Gema Sirvent prend des airs de voyage sensoriel, s’adresse à la sensibilité et invite à la contemplation. Les illustrations douces de Lucía Cobo tendent vers l’onirisme et appuient cette envolée musicale. Le tout est accompagné d’un disque sur lequel l’histoire s’accompagne du thème de la chanson. Dix courtes minutes de calme qui peuvent apaiser l’impatience des longues routes des vacances.


La force des éléments


Les désastreuses conséquences de la chute d’une goutte de pluie
★★★★ 1/2
Adrien Parlange, Albin Michel Jeunesse, Paris, 2021, 32 pages. 3 ans et plus.
 

Tout comme le battement d’ailes d’un papillon, une seule petite goutte d’eau peut aussi menacer l’équilibre du monde. C’est ce que raconte Adrien Parlange dans Les désastreuses conséquences de la chute d’une goutte de pluie. L’histoire se déroule à la fin d’une journée alors qu’un peintre s’affaire à mettre les dernières touches à sa toile. Installé sous un arbre, l’artiste est observé par trois personnages tandis qu’une fillette, grimpée sur une branche, cueille des fruits. Cette scène est reproduite onze fois, augmentée par différents éléments, que ce soit l’oiseau qui apporte une brindille à son nid, l’écureuil qui descend sur le tronc et, scène ultime, l’abeille qui se pose sur la queue du chien. Le format de l’album, tout en hauteur, épouse la verticalité du mouvement de la goutte d’eau. Le titre est à cet effet présenté de haut en bas, jusqu’au mot pluie qui vient s’écraser sur une gouttelette. Intemporel, brillant et visuellement stylisé, cet album met en lumière toute la fragilité et la force des éléments.

Un chemin dans la mer | ★★★ ​1/2 | Marie-Andrée Arsenault et Catherine Petit, La Bagnole, Montréal, 2021, 32 pages. 4 ans et plus. // À la rescousse de Mia la tortue | ★★★★ | Lucie Papineau et Lucie Crovatto, La Bagnole, Montréal, 2021, 32 pages. 4 ans et plus. /// En route ! | ★★★ ​1/2 | Oriane Smith et Chloloula, Les 400 coups, Montréal, 2021, 32 pages. 5 ans et plus. //// La colonie de vacances | ★★★★ Fanny Dreyer, Albin Michel Jeunesse, Paris, 2021, 120 pages. 6 ans et plus.



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