Terra Alta

Photo: Éditions Actes Sud, photomontage «Le Devoir»

Après une dizaine de romans où il fouillait la mémoire ombreuse et amochée de l’Espagne du XXe siècle (dont Les soldats de Salamine), Javier Cercas se permet une première incursion dans le polar — qui emprunte le même motif de l’enquête, policière ici plutôt qu’historique. Fils unique d’une prostituée assassinée, Melchor est un ancien petit bandit en quête de vengeance et de rédemption. Après la lecture en prison des Misérables, il va s’identifier au personnage de Javert (lui-même né dans une prison) et n’aura qu’un but : devenir policier. Installé à Terra Alta, tranquille bourgade du sud-ouest de la Catalogne, il devra enquêter sur le meurtre sauvage d’un industriel local. Manigances, secrets enfouis, passé ambigu : Melchor, personnage complexe et déchiré, sait que « la réalité est pleine d’invraisemblances », tout comme les romans, qui ne connaissent pas de règles. On n’est pas chez Manuel Vázquez Montalbán, mais le récit est mené de main ferme. La fin ouverte permet de croire que Terra Alta est le premier d’une série.

Terra Alta

★★★

Javier Cercas, traduit de l’espagnol par Aleksandar Grujicic et Karine Louesdon, Actes Sud, Arles, 2021, 320 pages

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