«Le livre des deux chemins»: le Caire, nid d’amour

Jodi Picoult ne lésine pas sur les exposés sur la momification, la traduction de hiéroglyphes, la mythologie.
Photo: Adam Bouska Jodi Picoult ne lésine pas sur les exposés sur la momification, la traduction de hiéroglyphes, la mythologie.

« Lorsqu’on est sur le point de mourir, il paraît qu’on voit sa vie défiler devant ses yeux.

Mais moi, je ne vois pas Brian, mon mari, dans son pull constamment zébré de poudre de craie tombée des vieux tableaux noirs de son laboratoire de sciences physiques. Je ne vois pas Meret qui, petite, me demandait de vérifier qu’il n’y avait pas de monstres cachés sous son lit. Et je ne vois pas ma mère — telle qu’elle était à la fin de sa vie ou bien avant, quand Kieran et moi étions gamins.

À leur place, c’est lui que je vois. »

Lui, c’est Wyatt Armstrong, 28 ans, arrogant aristocrate anglais, brillant étudiant en égyptologie à Yale. Celle qui pense à lui, 15 ans plus tard, c’est Dawn Edelstein, née McDowell, 40 ans, accompagnatrice de fin de vie, alors que l’avion où elle prend place est sur le point d’atterrir d’urgence.

Sur un coup de tête, Dawn décide de se rendre au Caire plutôt qu’à Boston. Dans l’espoir de finir sa thèse de doctorat en égyptologie qu’elle a dû abandonner pour prendre soin de sa mère mourante et de son petit frère. Dans l’espoir de revoir celui qui fut à la fois son plus grand rival et son plus grand amour.

Ayant découvert grâce à son fils égyptologue l’existence du Livre des deux chemins, carte où une voie terrestre et une voie fluviale conduisent au royaume des morts d’Osiris, Jodi Picoult (Mille petits riens, Actes Sud, 2018) a eu l’idée d’un roman où une femme devrait choisir entre la terre, Le Caire, et l’eau, Boston.

À l’instar des routes peintes sur les parois des sarcophages, les deux routes qu’empruntera Dawn seront des plus sinueuses. Et la romancière les entremêlera si habilement, de manière à brouiller les frontières entre les époques, que le lecteur en viendra à se demander si l’héroïne mène deux existences à la fois. D’autant plus que Brian, spécialisé en physique quantique, aura expliqué à Dawn la théorie des mondes parallèles. Ou que l’une ou l’autre des voies qu’elle suit est pur fantasme. Ou, encore, que Dawn est morte dans l’accident d’avion.

Bien plus que l’issue du récit, dont certaines ramifications semblent avoir été formatées selon les codes du roman Harlequin sur fond de crise de la quarantaine, c’est la structure du roman qui permettra au lecteur de s’accrocher au Livre des deux chemins, trouvant plaisir à appréhender chaque virage que lui fera prendre l’autrice.

Un fort penchant pour l’Égypte antique serait également un atout pour savourer le fruit des recherches de Jodi Picoult, qui ne lésine pas sur les exposés sur la momification, la traduction de hiéroglyphes, la mythologie… Elle ira aussi de leçons de science et de considérations sur l’art.

Bref, si fascinantes et instructives soient-elles, les nombreuses digressions qui ponctuent le roman, et mettent en lumière chaque geste de Dawn, menacent à chaque instant d’user la patience du lecteur. Ou, pis encore, de noyer les bouleversantes réflexions sur notre rapport à la mort, au destin, aux choix de vie, qui se faufilent à travers les dialogues entre Dawn et ceux qu’elles accompagnent jusqu’à leur dernier souffle. 

Le livre des deux chemins

★★★

Jodi Picoult, traduit de l’anglais par Marie Chabin, Actes Sud, 2021, 511 pages

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