«Au prochain arrêt»: passagers solitaires

Photo: Éditions Actes Sud, photomontage «Le Devoir»

Quiconque se plaisant à observer les passagers des transports en commun, à écouter leurs conversations et à leur imaginer un destin trouvera son compte dans Au prochain arrêt, charmant roman choral d’Hiro Arikawa (Les mémoires d’un chat, Actes Sud, 2017).

« Les gens qui prennent le train seuls se composent en général une mine indifférente. Leur regard, qui va des publicités placées en hauteur au paysage à l’extérieur, erre en évitant de croiser celui d’autrui. Ou alors ils passent leur temps à lire quelque chose, à écouter de la musique ou à fixer l’écran de leur téléphone. Une personne seule qui n’agira pas ainsi et exprimera une émotion attirera l’attention. »

Divisé en deux parties, « Aller » et « Et retour », composé de courts chapitres coiffés du nom des huit gares reliant Takarazuka à Nishinomiya, dans la région de Kobe-Osaka, au Japon, Au prochain arrêt esquisse adroitement des portraits d’hommes et femmes sur le point de vivre une rencontre qui sera déterminante pour la suite de leur existence.

Ainsi, on y croise des rats de bibliothèque romantiques, une fiancée larguée assoiffée de vengeance, des étudiants timides, des fillettes cruelles, des bourgeoises grossières, une grand-mère excentrique et sa petite-fille indiscrète, ainsi qu’une femme victime de violence conjugale.

Au gré des stations et des saisons, on revit les mêmes scènes du point de vue des différents passagers, l’autrice permettant alors de découvrir sous un nouveau jour les différents personnages et de suivre discrètement leur destin. Puis on recroise ces derniers, heureux de les retrouver comme s’ils étaient de vieilles connaissances, curieux de savoir ce qu’ils sont devenus ou sur le point de devenir.

Certes, ces hasards et coïncidences élégamment orchestrés avec une pudeur bien japonaise par la romancière évoquent tour à tour les films choraux au charme désuet à la Lelouch et les comédies sentimentales anglo-saxonnes formatées pour plaire à tous. Dans ce roman qui fait du bien et finit bien, Hiro Arikawa va pourtant un peu plus loin dans son analyse de l’âme humaine, toutes générations et classes confondues, entraînant, à son corps défendant, le lecteur à changer son regard sur soi et sur autrui.

Au prochain arrêt

★★★

Hiro Arikawa, traduit du japonais par Sophie Refle, Actes Sud, Paris, 2021, 187 pages

À voir en vidéo