Le silence: fondu au noir

Photo: Éditions Actes Sud, photomontage «Le Devoir»

Un dimanche soir de 2022, alors que quelques amis ont prévu de se réunir dans un appartement new-yorkais pour regarder le match du Super Bowl, un black-out leur tombe dessus : partout, les écrans et les rues deviennent noirs. On spécule, on s’inquiète, on oublie. « Que nous reste-t-il à voir, à entendre, à ressentir ? » Il ne reste que le silence, même sous le bavardage inquiet, savant ou poli de l’un ou l’autre des convives. On spécule. « Énergie noire, vagues spectrales, piratage et contre-piratage » ? On imagine sans mal des conflits futurs dans lesquels certains pays pourraient recourir à des armes biologiques encore inconnues. « Microbes, gênes, spores, poudres. » Même si le réel saura toujours nous surprendre. L’auteur d’Outremondeet de Bruit de fond, Don DeLillo, 84 ans, nous donne avec Le silenceun court roman angoissé et allusif, vaguement précurseur d’une catastrophe mondiale qui, où que l’on soit, nous pend encore et toujours au bout du nez. Comme une sorte d’avant-goût — ou d’avant-match.

Le silence

★★★

Don DeLillo, traduit de l’anglais (États-Unis) par Sabrina Duncan, Actes Sud, Arles, 2021,  112 pages

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