Nous sommes un continent

Photo: Éditions Triptyque, photomontage «Le Devoir»

Avec leurs jeunes mais déjà riches œuvres respectives, Nicholas Dawson (Désormais, ma demeure) et Karine Rosso (Mon ennemie Nelly) ont établi leurs quartiers à la frontière de plusieurs genres littéraires et de plusieurs identités, dans un salutaire refus des binarismes qui gouvernent nos imaginaires. Les deux amis — lui d’origine chilienne, elle, d’origine colombienne — se racontent leur expérience de la violence d’un monde qui tente de les contraindre à choisir leur camp (le français ou l’espagnol, la fiction ou la théorie) dans cette « correspondance mestiza » traversée par la pensée de l’écrivaine chicana Gloria Anzaldúa (figure majeure de la pensée queer). Visite des coulisses d’un milieu littéraire au cœur duquel les personnes racisées doivent réclamer le droit de parole, chronique de la naissance d’une amitié généreusement exigeante, éloge d’une démarche intellectuelle préférant le doute et l’introspection aux coups de gueule ; ces lettres à la fois clairvoyantes et digressives possèdent la principale qualité d’un échange épistolaire digne de ce nom : elles autorisent la vulnérabilité.

 

Nous sommes un continent

★★★ 1/2

Nicholas Dawson et Karine Rosso, Triptyque, Montréal, 2021, 198 pages

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