La bibliothèque Saint-Sulpice pourrait changer de vocation et devenir un Institut du livre

La salle de lecture de la bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis, à Montréal.
Photo: Jacques Grenier La salle de lecture de la bibliothèque Saint-Sulpice, rue Saint-Denis, à Montréal.

Un groupe d'universitaires et de membres du milieu du livre souhaite créer un institut du livre dans l'édifice Saint-Sulpice à Montréal. À la fin de l'année, l'édifice de la rue Saint-Denis aura définitivement perdu sa vocation de Bibliothèque nationale du Québec (BNQ), puisque le contenu, le personnel et les activités de celle-ci emménagent dans le nouvel immeuble de la rue Berri.

«On est en train de définir le projet scientifique, en fait, il s'agit de deux projets parallèles», précise Jacques Michon, le directeur de la Chaire de recherche en histoire de l'édition de l'Université de Sherbrooke. Quand le milieu a appris le déménagement éventuel de la BNQ il y a six ou sept ans, l'ancien directeur de l'ANEL (Association nationale des éditeurs de livres), Antoine Del Busso, a souhaité réunir à Saint-Sulpice les associations, regroupements et services liés au livre. Quelques années plus tard, en marge de ce projet, M. Michon travaillait sur son ouvrage consacré à l'histoire de l'édition au Québec (dont le second tome vient de paraître). «On a constaté qu'il manquait beaucoup d'informations, même concernant le XXe siècle, à cause de l'absence d'archives éditoriales», indique le professeur de Sherbrooke. Une table ronde sur la question a révélé les besoins de conserver ces archives composées de lettres des éditeurs avec les auteurs, les imprimeurs et les gens du milieu, qui permettent de suivre l'évolution de l'édition.

Les deux projets ont convergé en 2000. «On a pensé que Saint-Sulpice pourrait bien continuer sa vocation en reliant ces deux projets-là», note M. Michon. Mais c'est en 2002 que la BNQ, les Archives nationales, l'ANEL et l'équipe de M. Michon lui donnent vraiment vie. Un comité de travail s'inspirant de l'IMEC (Institut mémoires de l'édition contemporaine) en France réalise alors un inventaire des archives dont le rapport sera publié dans la revue Archives d'ici Noël. «Une vraie réunion avec tous les mandataires aura lieu en septembre» pour peaufiner le projet, indique Lise Bissonnette, présidente-directrice de la BNQ qui assure la coordination du comité et soutient vivement le projet.

«L'objectif n'est pas nécessairement de réunir toutes les archives dans un seul lieu — ce ne serait pas réaliste —, mais d'encourager les éditeurs à conserver et classer leurs archives», précise M. Michon. Dans cet esprit, un guide pour les éditeurs, actuellement en rédaction, sera publié à l'automne. D'autres besoins ont surgi. «On ne ramasse pas les archives pour les archives, faut lier cela à la recherche», indique le professeur. Toutes les universités québécoises se sont donc jointes au projet. Ainsi est née l'idée d'un institut beaucoup plus global, consacré aussi à la formation aux métiers du livre, de la traduction à la distribution. Si l'Observatoire de la Culture récolte déjà des données quantitatives sur le livre, l'institut pourrait quant à lui produire des analyses qualitatives.

Problème de financement

Le problème du financement se pose évidemment. L'édifice Saint-Sulpice, qui appartient à la Société immobilière du Québec (SIQ) à qui la BNQ verse un loyer, doit être mis aux normes. M. Michon estime que l'argent pourrait venir en partie des subventions de recherche et de fondations privées vouées à la culture. «Mais on n'est pas rendu là», précise-t-il. La SIC n'a pas encore décidé du sort de l'édifice et reste ouvert aux propositions de l'actuel locataire. «Il n'y a pas d'orientation de prise en ce qui nous concerne, affirme Martin Roy de la SIC. Peut-être qu'eux [la BNQ] ont des projets.»

Si l'idéal serait de faire vivre l'institut à Saint-Sulpice, capitale de l'édition où l'on retrouve la masse critique des professionnels, il peut aussi s'installer ailleurs, fait valoir Mme Bissonnette.

Le milieu du livre demeure très attaché à l'édifice de la rue Saint-Denis puisqu'y est née, en 1910, la Bibliothèque Saint-Sulpice, nationalisée BNQ en 1967. Depuis plusieurs années, lancements de livre et autres activités liées au monde de l'édition s'y tiennent. À cet attachement historique et symbolique s'ajoute une affection pour cet immeuble classé patrimonial (ce qui impose des contraintes à un futur acquéreur), sa superbe salle de lecture coiffée de vitraux et garnie d'un sol en marbre.

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