Roman français - Hommes privés d'imagination

Homer et Olmann, quartiers-maîtres de seconde à bord d'un navire, sont descendus à terre pour profiter d'un jour de congé. Le soleil plombe sur eux pendant qu'ils marchent sur une route inconnue en suivant un plan qui devrait les conduire à un bordel à l'extérieur de la ville. Ils veulent trouver cette maison connue d'eux seuls pour échapper à la promiscuité à laquelle les oblige la vie à bord du navire, harcèlement qui se poursuit à terre lorsqu'ils fréquentent le même bordel que les autres marins.

Le bordel qu'ils finissent par trouver ne diffère pas des autres. Les hommes boivent, jouent aux cartes, vont avec les filles. Mais pour Homer et Olmann, c'est la délivrance; ils sont enfin avec des hommes dont ils ne prendront aucun ordre, et quand ils mangent, l'assiette ne bouge pas devant eux. Les filles, elles, sont assises et attendent parfois en riant; elles espèrent quelqu'un de différent, qui se souviendra de leur rencontre ou leur donnera quelques dollars qu'elles pourront garder juste pour elles.

Qu'est-ce qui compte finalement? Qu'est-ce qu'on cherche? Pour Homer, ce sera peut-être une présence. Il paie pour celle de Maria, avec qui il parle une partie de la nuit. Curieuse du monde, Maria lui pose des questions auxquelles Homer répond en inventant. Ainsi, elle l'oblige à imaginer, une faculté que le marin semble avoir perdue.

Le navire, le bordel sont des endroits clos dont on s'échappe difficilement. Prisonniers de l'océan, les hommes attendent que le navire mouille dans un port. Quant aux femmes, elles obéissent à la patronne, aux désirs des clients, rentrent chez elles quelques heures avant de reprendre le cycle de la nuit. Mais alors qu'Homer et Olmann sont complètement enfermés dans la vie qu'on leur impose sur le navire, Maria continue de vouloir imaginer le monde à l'extérieur des murs du bordel; il y a encore quelque chose de possible, autre chose à vivre ailleurs.

Les personnages masculins d'Hubert Mingarelli surmontent la douleur qu'ils éprouvent grâce à l'imagination. Dans Hommes sans mère, leur souffrance se manifeste par cette imagination qui leur fait défaut, semble les avoir désertés. Les marins pourront-ils, sans le rêve, échapper à cette réalité infernale? Le roman de Mingarelli pourrait être très sombre s'il n'y avait pas Pederico, le gardien muet du bordel qui, à la fin de la nuit, tente d'imaginer à quoi ressemble un poisson volant...