Beaux livres - Des paysages « canadiens » pas si clichés que ça

Les «bô» livres de belles images sur le Canada et les Rocheuses de Jean Chrétien, épicés des clichés et fanfares qui ferment les émissions de Radio-Canada au petit matin, on en a vu beaucoup depuis quelques années grâce notamment à certaines commandites...

C'est dans cet esprit assez peu accueillant que j'ai ouvert pour la première fois Terres sauvages du Canada - Canada's Wild Lands, avec son fédéral titre bilingue. Après avoir découvert, les yeux pointus, que ce livre avait bénéficié de l'aide financière du gouvernement du Canada par l'entremise du Programme d'aide au développement de l'industrie de l'édition, je dus constater qu'il avait aussi été subventionné par la SODEC au Québec et plusieurs grandes entreprises d'ici, dont Abitibi-Consolidated, la SSQ et Bombardier notamment. Ne pouvant déceler l'ombre d'un ancien ambassadeur ou de son âme damnée, aussi culottée qu'une selle western, j'ai commencé à tourner les pages.

Et j'y ai retrouvé la magie qui m'avait séduit dans La Nature du Québec, publié aussi par le groupe des sept photographes qui compose Enviro Foto (Éditions GID).

Un choc

D'entrée de jeu, j'ai eu un choc. À la première photo, en découvrant que les falaises de dolomite et de calcaire du détroit d'Adams, dans la région d'Artic Bay, sur l'île de Baffin, ressemblaient à ces chapeaux de pierre géants qu'on trouve au Nevada, ce que j'ai un jour découvert avec le plus sympathique des guides hydro-québécois lors d'une visite au lac Guillaume-Delisle, à la baie d'Hudson. J'en ai parlé d'ailleurs à ces dénicheurs de paysages surprenants, quelque temps après cette découverte, pour apprendre qu'à la suite de cette simple suggestion, l'un d'eux y était allé, derechef, pour capter le tout sur pellicule, ce qui laisse entrevoir d'autres merveilles de l'édition éventuellement...

J'ai feuilleté ce livre magnifique, où chaque photo est le résultat d'une sélection parmi plusieurs dizaines sinon quelques centaines d'un même lieu. J'y ai découvert un Canada beaucoup plus diversifié écologiquement et beaucoup plus surprenant par ses paysages que tout ce que j'avais vu auparavant. Certes, il y a bien quelques clichés: on ne peut quand même pas photographier des pins Douglas et les faire ressembler à des épinettes de la forêt boréale. Et les Rocheuses auront toujours l'air des Rocheuses, pensiez-vous? À voir!

Mais il faut avoir la passion du déclencheur pour savoir qu'il faut des heures et des heures d'attente, parfois des journées entières, pour enfin obtenir le ciel dramatique ou les pâleurs d'une aurore, ou encore les brumes automnales qui donneront vie à un paysage, qui permettront d'en saisir l'âme un instant dévoilée, comme un clin d'oeil de la nature. La rigueur des sept photographes du groupe Enviro Foto est exceptionnelle, autant sur le plan technique que par la recherche des sujets et l'inventivité dont ils font preuve dans le traitement de la lumière.

Je trouve personnellement un peu agaçante la formule bilingue choisie ici pour des motifs évidents de rentabilité. Plusieurs légendes auraient souvent eu avantage à se faire plus discrètes pour laisser plus de place aux photos, le centre d'intérêt principal. Mais cela demeure marginal par rapport au plaisir que procurent la lecture et la relecture de ce collectif d'une grande qualité.