«Inspirations. Oeuvres complètes, tome 9»: du combat verbal au silence

Renaud Longchamps avoue: «La littérature québécoise est un sacerdoce auquel l’écrivain doit sacrifier confort et, surtout, carrière.» Étrangement, ce passionné de la nature beauceronne, de «la prairie magique de la vallée de la rivière Le Bras, où, écrit-il, je me vautre dans l’herbe folle», se méfie de la «nature prédatrice».
Photo: Stéphanie Gilbert Renaud Longchamps avoue: «La littérature québécoise est un sacerdoce auquel l’écrivain doit sacrifier confort et, surtout, carrière.» Étrangement, ce passionné de la nature beauceronne, de «la prairie magique de la vallée de la rivière Le Bras, où, écrit-il, je me vautre dans l’herbe folle», se méfie de la «nature prédatrice».

« Tu fais dur, Renaud… Tu t’es chicané avec presque tous ceux qui défendent ton œuvre. Tu fais tout pour saboter ta gloire. » Renaud Longchamps (né en 1952) rapporte ces mots de son vieil ami Victor-Lévy Beaulieu qui, redevenu éditeur après une longue maladie, publie Inspirations, son recueil d’essais. Le poète et prosateur beauceron répond : « C’est vrai. Pis après ? » La beauté, pense-t-il, est un « éclair » qui retourne vite au « néant ».

Et pourtant, Longchamps a consacré sa vie à cette beauté. Il l’avoue : « La littérature québécoise est un sacerdoce auquel l’écrivain doit sacrifier confort et, surtout, carrière. » Étrangement, ce passionné de la nature beauceronne, de « la prairie magique de la vallée de la rivière Le Bras, où, écrit-il, je me vautre dans l’herbe folle », se méfie de la « nature prédatrice ».

Pour lui, la beauté littéraire doit non seulement rivaliser avec la beauté de la nature, mais la dépasser. Il soutient : « Les poètes sont aussi et surtout des prédateurs, mais furieusement conscients de leur malheur biologique. Leur seul devoir est d’éviter d’imiter la nature dans toute son incompétence. » C’est au nom de cette dure exigence que Longchamps juge les écrivains québécois et la société qu’à ses yeux ceux-ci reflètent forcément.

En particulier, l’amour-haine de l’œuvre de Réjean Ducharme (1941-2017) éclaire sa vision singulière, mais cohérente, qui relève d’une réflexion à la fois esthétique et sociopolitique. Il rappelle qu’il a relu de celui-ci chaque année, « depuis plus de 35 ans », le roman L’hiver de force (1973).

Cependant, sur Va savoir (1994), roman plus récent de l’écrivain, il déclare : « Un texte à la composition impeccable, digne d’un auteur majeur, d’un génie fatigué aux thèmes mineurs. Pour Réjean Ducharme, la vie s’est arrêtée quelque part dans les années 1970, au détour d’une préandropause. Tout comme le Québec, d’ailleurs. Depuis, il ne se passe rien. »

Longchamps regrette la mise au rancart des « paroles fondatrices » du cinéaste et écrivain Pierre Perrault (1927-1999). Il explique : « Le Québec n’est-il pas devenu cette île de paroles dénaturées par les dialogues creux des téléromans insignifiants, par la monomanie du “money talk” », sans parler, ajoute-t-il, de « nos dérisoires humoristes » ? Malgré tout, il ne devient pas un trop facile laudateur du passé.

Comme la beauté littéraire qui jaillit pour vite retourner au néant, le cancer lui a fait rencontrer la mort et lui a prouvé qu’il est vain de « répondre aux imbéciles et à leurs faux pays ». Au lieu de s’épuiser à critiquer autrui, il vaut mieux saisir la beauté au vol et écrire : « Quand on a vu la mort de près, de trop près, quand on l’a vue dans le noir des yeux, on n’a plus peur de rien. »

Pour Renaud Longchamps, la beauté littéraire mûrit le temps d’un frisson intérieur, mais comme l’envie d’une éternité.

Extrait d’«Inspirations»

« Le Québec à la profonde humanité veut se faire aimer de la planète entière avec ses postures d’enfant de choeur psalmodiant les vertus de l’amour, du partage, de la paix, de la tolérance et des bélugas. Voilà de nobles intentions, sauf que j’ai trop lu l’histoire tragique et sans fin de centaines de peuples humains, trop humains, aujourd’hui effacés de la mémoire cruelle de l’humanité. »

 

Inspirations. Oeuvres complètes, tome 9.

★★★

Renaud Longchamps, Éditions Trois-Pistoles, Notre-Dame-des-Neiges, 2021, 244 pages



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