Les enfants d’abord

Album sur la reconstruction et l’importance des liens respectueux entre hommes et femmes, La réparation de mes parents c’est aussi et avant tout une œuvre littéraire. Et l’auteur David Goudreault se défend bien de faire ici un travail d’intervenant. «J’avais surtout envie de faire un bon livre. POINT.»
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Album sur la reconstruction et l’importance des liens respectueux entre hommes et femmes, La réparation de mes parents c’est aussi et avant tout une œuvre littéraire. Et l’auteur David Goudreault se défend bien de faire ici un travail d’intervenant. «J’avais surtout envie de faire un bon livre. POINT.»

Il y a un peu plus d’un mois, David Goudreault slamait sa « lettre d’amour aux petits gars, qui seront de grands hommes » à Bonsoir, bonsoir !, leur enjoignant de refuser la violence faite aux femmes. Sa Lettre aux petits gars lui a valu une poignée de critiques senties, vite balayées par les appuis d’une majorité qui l’a massivement partagée : on comptait cette semaine 3,9 millions de vues sur Facebook. Le revoici sur une note plus intime avec une oeuvre tout en délicatesse sur l’importance de préserver des liens respectueux entre hommes et femmes, qu’il destine aux enfants.

Dans une amorce directe et sans détour, Coco présente sa situation familiale en commençant par Grobetta, son poisson bleu qui rêve d’être rouge, et raconte qu’il espère devenir astronaute et qu’il aurait aimé que sa famille reste toujours unie. Trois souhaits qui semblent malheureusement impossibles, du moins à ce moment-là du récit. Et c’est justement cet espoir d’harmonie familiale retrouvée que David Goudreault (Ta mort à moi, Stanké, 2019) évoque dans La réparation de mes parents.

Récemment séparé de la mère de ses enfants, l’auteur a eu envie d’écrire cette histoire d’abord et avant tout, « pour la meilleure raison du monde, tout simplement pour [s]es deux enfants », raconte-t-il au bout du fil. Parce que si elle implique d’abord les parents, les enfants restent au cœur de cette décision difficile qui doit, selon lui, être prise dans le respect et avec le plus de communication possible.

« Je pense qu’il y a un danger de rester ensemble pour les enfants. Parce que ça ne fait pas de belles relations. Mais il y a aussi un danger de prendre une décision unilatérale sans accompagner les enfants là-dedans. Donc c’est une espèce d’équilibre difficile à trouver, qui est vraiment très personnel. »

Illustration: France Cormier, éditions d’Eux Détail d’une planche de l’album «La réparation de mes parents»

Goudreault, qui avoue entretenir une belle complicité avec son ex-conjointe, souligne à grands traits l’importance de protéger les relations. « Même si c’est difficile, il faut maintenir la conversation, transformer les relations en essayant de faire en sorte que ce soit le moins douloureux possible. » D’où le titre de l’album qui insiste justement sur ce processus de réparation. « Mon message, c’était une espèce de cri du cœur à moi-même et à mon ex comme parents, mais aussi au monde. Ne pas tomber dans l’aliénation parentale, surtout chercher à recréer un lien avec l’autre parent pour les enfants. Donc c’est un livre jeunesse, mais qui fait un gros clin d’œil aux parents. »

Album sur la reconstruction, sur l’importance des liens respectueux entre hommes et femmes, La réparation de mes parents c’est aussi et avant tout une œuvre littéraire. Et l’auteur se défend bien de faire ici un travail d’intervenant. « C’était un thème que j’avais envie d’aborder, mais j’avais surtout envie de faire un bon livre. POINT. »

Dans l’histoire, Goudreault donne ainsi la parole à Coco qui narre la traversée, mais aussi à Grobetta, ce poisson par qui passent différentes inquiétudes. Vont-ils le séparer, lui aussi ? Sa tête dans un sushi et son corps dans une croquette ? D’abord présent pour rendre l’histoire plus universelle, Grobetta sert par ailleurs de catalyseur aux enfants. « Je voulais toucher au cœur de ce qu’on vit dans la séparation, mais sans être trop frontal. C’est un peu une espèce de stratégie de triangulation pour que le livre ne soit pas trop lourd […], que les émotions ne soient pas cachées, mais passent par un poisson un peu funky, drôle par moments. »

L’illustration comme une révélation

Pas peu fier de ce premier opus jeunesse, Goudreault souligne respectueusement l’immense travail de l’éditeur et de l’illustratrice dans cette aventure. « Yves Nadon (éditions D’eux) est un éditeur consciencieux. On s’est rencontrés à plusieurs reprises. Il m’a pointé beaucoup de choses sur le texte que j’ai améliorées ou modifiées. On s’est beaucoup obstinés sur le titre. Et j’ai tenu mon boutte », lance-t-il dans un grand rire franc.

Il poursuit en vantant la démarche de Nadon qui ne craint pas de monter aux barricades pour défendre la littérature jeunesse : « J’admire ça. C’est une des raisons pour lesquelles je voulais travailler avec lui. » Il y a bien sûr Nadon dans cette aventure, mais aussi la directrice artistique France Leduc et l’illustratrice France Cormier. Un travail à huit mains qui s’est avéré révélateur pour cet auteur plutôt solitaire.

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir L’auteur David Goudreault

Le travail d’appropriation de l’illustratrice lui a particulièrement plu. « C’est un grand honneur de collaborer avec France Cormier […] C’est une réelle découverte pour moi et une valeur ajoutée de voir que la liberté qu’on donne à l’illustrateur ou l’illustratrice est payante pour l’histoire. » Goudreault compare d’ailleurs l’expérience vécue avec Cormier à son travail de parolier. « Elle découvre le texte, l’imagine et l’interprète. Plutôt que de le jouer ou de le chanter, elle l’illustre, le dessine, le déplie. Je suis un grand lecteur de bédé et de livres jeunesse et cela augmente considérablement le respect et l’admiration que j’ai pour les illustrateurs et les illustratrices. C’est un art en soi. Je lève mon chapeau à France. C’est un grand travail qu’elle a fait. »

Expérience concluante donc pour l’auteur, qui avoue avoir un projet secret d’album en chantier. L’aventure ne fait que commencer, car Goudreault est de ces gens qui croient que la littérature jeunesse se doit d’être célébrée. « C’est un peu aussi pour moi mettre l’épaule à la roue de la littérature jeunesse. Et je ne le fais pas du tout en héros, mais si j’ai la chance d’avoir un lectorat curieux qui va peut-être s’intéresser à ce titre et qui va permettre à cette littérature de rayonner un peu plus, c’est tant mieux. »

 

Rallumer la flamme


La soupe aux allumettes
★★★★
Patrice Michaud et Guillaume Perreault, Fonfon, Montréal, 2021, 48 pages
 

Cherchant une cause à la hauteur de son talent, Lolo tombe par hasard sur un dragon peiné d’avoir perdu le feu. Déterminé et plein d’espérance, le garçon tente 99 techniques pour retrouver ce souffle sacré. Depuis la soupe aux allumettes jusqu’à la gorgée de lave, en passant par un petit tour dans l’espace pour croquer un bout de soleil, le dragon reste toujours aussi éteint. Et si la solution ne se trouvait pas si loin ? La soupe aux allumettes, premier album pour l’auteur-compositeur-interprète Patrice Michaud, est une plongée au coeur de l’enfance, de ses ambitions et de cette magnifique absence de limites. Petit garçon au coeur immense, porté avant tout par ce désir d’améliorer les choses, Lolo est un superhéros avant le verbe, un baume en ces temps étranges. L’illustration de Guillaume Perreault, gorgée de nombreux détails, appuie la quête animée du petit grâce à une variation de cadrages tout comme à la présence d’images séquentielles qui complètent le texte de Michaud. L’oeil averti y verra aussi un petit clin d’oeil à son facteur de l’espace, devenu jouet entre les mains de Lolo. Rafraîchissant.

Le temps d’un songe


Le vieillard et l’enfant
★★★★ 1/2
Un conte de Gabrielle Roy, adapté par Dominique Fortier, illustré par Rogé, La montagne secrète, 2021, Montréal, 56 pages
 

Par un bel après-midi trop chaud, Christine, petite rêveuse, parle de voyages à son voisin, monsieur Saint-Hilaire. Mais elle ne connaît pas le lac Winnipeg dont lui parle le vieillard. Ainsi, écrasés par la chaleur, ils prennent le train, le temps d’un songe, et vont découvrir cette étendue bleue. Paru dans La route d’Altamont en 1966 et adapté ici par Dominique Fortier, Le vieillard et l’enfant de Gabrielle Roy raconte le commencement, la fin et la beauté de l’instant présent. Rogé, de son trait vaporeux, offre des tableaux silencieux, apaisants, délicats comme de la soie, fragiles comme le temps qui passe. Ce livre est accompagné d’un disque sur lequel Marie-Thérèse Fortin, de sa voix puissante, juste et douce narre cet après-midi de canicule. Suivent 13 chansons écrites par Christian Vézina et Dominique Fortier et interprétées tour à tour par Ingrid St-Pierre, Alexandre Désilets, Daniel Lavoie et les soeurs Boulay. Le tout sur des musiques de Daniel Lavoie, des berceuses et rondes enfantines qui reprennent les thèmes et situations présentées dans le conte. Attachant.

La réparation de mes parents

David Goudreault et France Cormier, éditions D’eux, Sherbrooke, 2021, 36 pages. En librairie le 26 mai, l’album sera lancé le 2 juin de 16 h à 18 h à la librairie de Verdun. L’auteur sera accompagné des musiciens Jean-François Gagnon et Pierre Grimard pour une séance de signatures.



À voir en vidéo