«Une nuit d’amour à Iqaluit»: virée nocturne au Nunavut

Les longs apartés sur l’histoire de la conquête du Nunavut, à travers la vie des nombreux explorateurs qui en ont foulé le sol, bien qu’intéressants, prennent parfois une forme un peu didactique et ne sont pas parfaitement intégrés dans l’histoire. Comme si l’enseignante avait besoin de se plonger dans des connaissances livresques pour tenter d’appréhender ce présent étranger.
Photo: Danila Razykov Les longs apartés sur l’histoire de la conquête du Nunavut, à travers la vie des nombreux explorateurs qui en ont foulé le sol, bien qu’intéressants, prennent parfois une forme un peu didactique et ne sont pas parfaitement intégrés dans l’histoire. Comme si l’enseignante avait besoin de se plonger dans des connaissances livresques pour tenter d’appréhender ce présent étranger.

La nuit est longue au Nunavut. Elle dure plusieurs mois, alors que le soleil ne fait souvent qu’effleurer l’horizon, en milieu de journée. Cette nuit, c’est le temps que met Irina, jeune enseignante dans une école francophone d’Iqaluit, pour apprivoiser cette contrée lointaine dans le roman Nuit d’amour à Iqaluit, de Felicia Mihali, aux éditions Hashtag.

C’est l’autrice elle-même, qui est d’ailleurs aussi éditrice chez Hashtag, qui l’a traduit de l’anglais.

Nouvelle venue dans cette contrée du Nord, où les expatriés ne font souvent que passer, Irina est vite confrontée au mystère de l’une de ses élèves, et à la cour assidue d’un policier blanc. Plongée dans la nuit polaire d’Iqaluit, elle avance dans ce monde inconnu à pas furtifs, comme toujours aux aguets, et porte autour d’elle un regard curieux sans complaisance, à la fois sur ses collègues enseignants et ses voisins, et sur les relations entre Blancs et Inuits.

Longs apartés

Les longs apartés sur l’histoire de la conquête du Nunavut, à travers la vie des nombreux explorateurs qui en ont foulé le sol, bien qu’intéressants, prennent parfois une forme un peu didactique et ne sont pas parfaitement intégrés dans l’histoire. Comme si l’enseignante avait besoin de se plonger dans des connaissances livresques pour tenter d’appréhender ce présent étranger.

Le lecteur curieux y sera notamment initié aux voyages dans le Grand Nord de l’explorateur Frobisher, qui a donné son nom à Frobisher Bay, devenu depuis 1987 Iqaluit. Mais aussi de John Davis, qui a fini tué par des pirates japonais, de Henry Hudson, disparu dans une barque partie à la dérive, de William Baffin, mort dans la forteresse portugaise d’Ormuz, de James Cook, assassiné par un indigène sur les îles hawaïennes, ou de John Franklin, mort avec 24 membres de son équipage sur l’île du Roi-Guillaume. Autant d’effort de colonisation du Nord, où l’on s’intéresse davantage, relève Felicia Mihali, à ce qui se trouve sous la glace qu’à ceux qui vivent dessus.

Une nuit d’amour à Iqaluit est en fait une suite à un roman précédent de l’autrice, La bien-aimée de Kandahar, qui racontait la liaison amoureuse épistolaire d’Irina avec un soldat basé en Afghanistan. Et c’est là peut-être que le bât blesse. Après s’être glissé doucement dans l’univers d’Iqaluit aux côtés d’Irina, après avoir partagé son expérience d’enseignante et son regard sur ses élèves, le lecteur peut avoir l’impression de voir les ressorts du roman apparaître de façon inopportune, pour finir sur un happy end somme toute un peu facile.

Globe-trotter et polyglotte, Felicia Mihali a cofondé la maison d’édition Hashtag, notamment « pour rendre visibles toutes les marginalités invisibles qui composent le tissu de notre réalité ».

Au final, on aura goûté au Nunavut, on aura senti le frisson de sa nuit polaire, mais, comme bien des gens du Sud qui vont y chercher un vent d’aventure, on n’aura fait que passer.

Une nuit d’amour à Iqaluit

★★★

Felicia Mihali, traduit de l’anglais par l’autrice, Éditions Hashtag, Montréal, 2021, 383 pages