L’écrivain français Bernard Noël est mort

Bernard Noël, lors du Festival international de la poésie de Medellín (Colombie), en 2008.
Photo: Wikipedia Bernard Noël, lors du Festival international de la poésie de Medellín (Colombie), en 2008.

Le poète et romancier français Bernard Noël, auteur d’une œuvre foisonnante sur l’art et la politique, est mort à l’âge de 90 ans, a annoncé mardi son éditeur, P.O.L.

« Les éditions P.O.L ont la très grande tristesse de faire part de la mort de Bernard Noël à 90 ans », a indiqué sur Twitter la maison d’édition, qu’il avait rejointe en 1988.

« Écrivain et poète engagé, romancier, historien, reporter, polémiste, sociologue, critique d’art, éditeur, il a publié vingt-cinq livres aux éditions P.O.L », a-t-elle rappelé. Il publiera en tout plus d’une cinquantaine d’ouvrages, indique le journal Libération.

Né en 1930 à Sainte-Geneviève-sur-Argence, dans le sud-ouest de la France, élevé par ses grands-parents, il s’était lancé dans des études de journalisme à Paris, qui l’ont amené vers sa vraie vocation, la littérature.

Il commence sa carrière d’écrivain avec des poèmes à faible diffusion. Sa notoriété explose grâce au scandale d’un roman érotique de 1969, Le château de Cène, qui lui vaut des poursuites pour outrage aux bonnes mœurs.

Il expliquait s’être libéré avec ce livre, sous le pseudonyme d’Urbain d’Orlhac, du traumatisme de sa génération, la guerre d’Algérie.

Condamné en première instance en 1973, il bénéficiera d’une amnistie après l’arrivée à la présidence de Valéry Giscard d’Estaing.

La dénonciation de la censure et de l’oppression font partie des constantes de son œuvre. Dans son livre de 1975 L’Outrage aux mots, il explore le détournement de sens de certains vocables et les abus de langage du pouvoir en place.

« Il n’y a pas de langue parce que nous vivons dans un monde bourgeois, où le vocabulaire de l’indignation est exclusivement moral — or, c’est cette morale-là qui massacre et qui fait la guerre. Comment retourner sa langue contre elle-même quand on se découvre censuré par sa propre langue ? » écrivait-il à l’époque.

C’est alors qu’il forge le terme « sensure », qui sera par la suite notamment repris dans La castration mentale en 1994.

Le thème de la violence revient souvent dans ses textes. En 1988, par exemple, sa première pièce de théâtre, La reconstitution, évoquait une bavure policière, quand un policier national avait abattu un jeune homme à Paris en 1986.

Enfin, Bernard Noël est particulièrement intéressé par la peinture, qui devient l’une des matières premières de son œuvre.

L’Académie française a consacré l’ensemble de son répertoire poétique en 2016 avec son Grand Prix de poésie.

Avec Le Devoir

À voir en vidéo