Qu’ont lu les Québécois en 2020?

Malgré un marché à l’arrêt pendant plusieurs mois, les librairies s’en sont sorties avec une hausse de leurs ventes annuelles.
Jacques Nadeau Le Devoir Malgré un marché à l’arrêt pendant plusieurs mois, les librairies s’en sont sorties avec une hausse de leurs ventes annuelles.

Les Québécois ont beaucoup lu en 2020. Malgré un marché à l’arrêt pendant plusieurs mois, les librairies s’en sont sorties avec une hausse de leurs ventes annuelles, révèle le dernier bilan Gaspard du marché du livre au Québec. Les romans, le livre jeunesse, les guides de cuisine, de jardinage et de rénovation ont particulièrement eu la cote auprès des lecteurs confinés.

« On sent vraiment que le livre est venu combler un vide. Il a accompagné certains à se lancer dans de nouveaux projets. Il a permis à d’autres de s’évader et d’accéder à un peu de culture en se plongeant dans un roman », souligne Karine Vachon, directrice générale de l’Association nationale des éditeurs de livres.

Brossé par la Société de gestion de la banque de titres de langue française (BTLF), le bilan Gaspard s’appuie sur les données de vente de quelque 260 détaillants au Québec. S’il ne tient pas compte de grandes chaînes comme Renaud-Bray et Archambault, il représente tout de même la moitié du marché total et donne un reflet de nos lectures.

Hausse des ventes

Le marché du livre a ainsi fini l’année en beauté avec une hausse de la valeur de ses ventes de 2,5 %, pendant que le commerce de détail québécois enregistrait une baisse de 0,4 %. Les librairies ont également réussi à tirer leur épingle du jeu malgré une fermeture entre mars et mai 2020. Les indépendants ont fait mieux encore, terminant l’année avec une augmentation de 5,2 % de leur chiffre d’affaires.

De son côté, l’édition québécoise a enregistré une hausse de ses ventes de 4,6 %, encouragée par l’appel à l’achat local du gouvernement répété par les différentes associations de la chaîne du livre.

Les résultats positifs du bilan Gaspard doivent beaucoup au livre jeunesse, qui arrive en tête des ventes annuelles pour une troisième année consécutive, accaparant la vente d’un livre sur trois.

La catégorie littérature, en deuxième place, y joue un rôle important, dopée par des ventes spectaculaires en 2020 (+14,5 %), du jamais vu, précise-t-on. La catégorie compte d’ailleurs 31 titres dans le top 100 général.

Il faut dire que les romans de tous genres, majoritaires dans cette catégorie, ont connu une hausse de 24,5 %. Les Québécois se sont particulièrement amourachés des romans historiques (+45,8 %). Un chiffre possiblement poussé par la sortie de « super sellers » comme Le crépuscule et l’aube de Ken Follett ou encore Les souvenirs d’Évangéline de Louise Tremblay-D’Essiambre, avance la directrice générale de l’Association des libraires du Québec (ALQ), Katherine Fafard.

Les bandes dessinées et les guides pratiques ont aussi connu une augmentation. Confinés pendant tout le printemps, les Québécois ont souhaité améliorer leur chez-soi et sont nombreux à avoir mis la main sur des livres de rénovations — des ventes en hausse de 22,9 %.

Plusieurs se sont aussi passionnés pour les semis et les potagers de balcon, faisant croître de 34,6 % les ventes de livres de jardinage. Ceux de cuisine continuent quant à eux de soulever l’appétit des adeptes des fourneaux, comme depuis plusieurs années.

Autre donnée notable : les livres parascolaires se sont vendus comme des petits pains chauds, enregistrant un bond de 21,3 % dans les ventes annuelles. Ils ont surtout été prisés au printemps, lorsque les écoles étaient fermées. « Il n’y avait pas de cours en ligne, l’école était fermée, on cherchait comme on pouvait, moi le premier, à continuer l’éducation de nos enfants », se souvient le sociologue de la littérature Anthony Glinoer.

Ésotérisme
Il s’étonne pour sa part de voir les livres d’ésotérisme et de sciences occultes faire un bond spectaculaire de 21,7 % dans les ventes. En tête de liste : des ouvrages sur les horoscopes, les cristaux d’énergies, les oracles et le tarot. « On voit à l’inverse que les livres de religion sont en chute. Est-ce que l’un compense l’autre ? J’ai aussi du mal à ne pas relier cette popularité soudaine avec l’évolution des discours complotistes durant la pandémie », indique M. Glinoer. Le poids de cette catégorie sur l’ensemble des ventes reste toutefois minime, soit 0,4 %.

   

« C’est quelque chose qu’on voit souvent en temps de crise. L’ésotérisme a connu un intérêt grandissant après le 11 septembre 2001, par exemple », ajoute Katherine Fafard.

Sans grande surprise, d’autres catégories ont continué leur lente chute des dernières années, comme les beaux-arts, l’éducation, l’informatique ou encore les langues, communication et médias.

Sans surprise, les livres de géographie et de tourisme sont aussi en baisse. On constate néanmoins dans le palmarès de cette catégorie que les Québécois se sont majoritairement tournés vers des guides de la province et d’activités estivales comme la randonnée et le vélo.

Des tendances de lecture marquées par la pandémie, donc, qui se refléteront certainement dans le prochain bilan Gaspard 2021, estiment les intervenants consultés. Mme Fafard, de l’ALQ, s’attend toutefois à de meilleures performances pour les librairies avec la réouverture des écoles et des bibliothèques publiques cette année. « En 2020, tout était fermé une bonne partie de l’année [ce qui a entraîné une chute annuelle de 12 % des ventes aux collectivités]. Or, les données qu’on a pour le début de 2021 montrent que les collectivités sont en feu et achètent beaucoup. C’est très encourageant. 

 

«Top» 5 du palmarès général Gaspard 2020

1. Le guide de l’auto 2021, Marc Lachapelle et al., Homme

2. Liberté 45, Pierre-Yves McSween, Guy Saint-Jean

3. À la plaque, Ricardo Larrivée, La Presse

4. Em, Kim Thuy, Libre Expression

5. La vie est un roman, Guillaume Musso, Calmann-Lévy



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