Essais québécois - L'échappée cycliste de Foglia

Antoine Blondin, écrivain et chroniqueur sportif français de l'après-guerre, raconte que, soumis au questionnaire de Proust où on lui demandait quelle était son occupation préférée, il a un jour répondu: «Suivre le Tour de France.» Pierre Foglia pourrait fournir la même réponse et on le croirait sans trop de mal. Convaincu contre toute attente par l'éditeur de Vélo Mag, Pierre Hamel, de réunir quelques-unes de ses meilleures chroniques consacrées au Tour de France et à ses coulisses, Pierre Foglia s'est vite laissé prendre au jeu et a choisi, coupé, poli, retravaillé.

Le plus bougon des chroniqueurs du journal La Presse a arpenté huit fois pour ses lecteurs la topographie légendaire du Tour de France depuis 1992. Tantôt y promenant une «humeur vagabonde» à la Blondin, tantôt précis et aficionado, cultivant avec habileté désinvolture et fausse modestie, le journaliste ouvre toujours grand les yeux et les oreilles. Style, intelligence, sensibilité: on ne reviendra pas là-dessus. Et bien entendu, tout cela est encore meilleur à froid.

Des chroniques hachées menu, rassemblées ici par thèmes et par coureurs. Les seigneurs du peloton: Lance Armstrong, Jan Ullrich, Miguel Indurain (évoquant le style «janséniste» du légendaire coureur espagnol: «Une rue de province un mardi soir. Un sillon tout droit dans un champ.»). Les chevaux légers: Claudio Chiappucci, Laurent Jalabert ou feu Marco Pantani (dont Foglia enveloppe la carrière fulgurante d'un bref «Vélo, EPO, dodo»). La montagne, la France du Tour — coulisses, dopage et business. Le vélo? Inutile parfois de chercher bien loin: «Le message est dans le paysage.»

Le sport, la guerre, le vélo, les chats: autant de prétextes d'écrivain pour nous parler de la vie. Mais quant à relire encore Foglia sur du papier qui ne jaunit pas après sept jours, n'y pensez pas trop. Le chroniqueur déclarait récemment à un confrère de La Presse: «C'est fini, là! Qu'il n'y en ait pas un "tabarnac" qui me dise: là, on va faire un livre sur... » Compris? Compris. Mais parions que c'est fini seulement jusqu'à la prochaine fois, et qu'il s'échappera encore.