De la littérature à la bédé

Tout commence avec un obèse, concierge bonasse de son état, abattu en pleine rue de Montréal par un tueur à gages à la mine patibulaire. En ce 28 mai pluvieux, le crime est sombre... mais aussi intrigant pour l'enquêteur libertaire et indépendant Gabriel Lecouvreur, plus connu sous un doux pseudonyme: Le Poulpe.

Taraudé par ce «mystérieux meurtre dans l'est de Montréal», tel que titré paradoxalement par un quotidien parisien, l'homme décide alors de sauter dans le premier avion. Direction: la métropole québécoise où il espère, comme ça, pour le simple plaisir de la chose, lever le voile sur la mort tragique d'un «gros tas» sans histoire. Le ton est donné. Et la suite est loin d'être un secret pour les amateurs de polar, qui ont sans doute lu les aventures québécoises de ce «mollusque» dans Palet dégueulasse, de Michel Dolbec, aux Éditions La Baleine.

De la littérature à la bande dessinée, ce drôle de personnage, dont les péripéties se déclinent en France sous la plume d'une ribambelle d'auteurs, fait aujourd'hui le saut, sous la supervision du journaliste Dolbec et le coup de crayon ténébreux du bédéiste Leif Tande... que l'état civil du Québec ne reconnaît que sous le nom d'Éric Asselin. Le tout chez la jeune maison d'édition française 6 pieds sous terre.

L'adaptation passe sans aucun doute le test avec son environnement graphique tantôt glauque, tantôt sordide, qui émane des cases dessinées par Leif Tande. Le trait, largement expérimenté par le jeune bédéiste avec Villégiature et Motus (Zone convective) est efficace. Tout comme d'ailleurs la quête de ce peu sympathique Poulpe dans un Québec contemporain mais intemporel, où les Caribous de Montréal briguent la coupe Stanley, où le sexe est triste, où la bière est décrite en long, en large et en travers, où les altermondialistes sont utopiques et où le quotidien est décrit dans toute son aigreur et son infamie.