«26 noeuds»: liens fragiles

Photo: Éditions Marchand de feuilles, photomontage «Le Devoir»

Journaliste devenue pédiatre, Galloise établie à Montréal, Bindu Suresh se tourne vers le roman après avoir publié plusieurs nouvelles dans divers magazines et revues littéraires. Campé en partie dans la métropole, 26 nœuds met en scène des couples qui se forment et se défont au gré des rencontres.

« Quand Adrien est revenu à Montréal, les jambes ankylosées après le long voyage, le bout des doigts gelés dans ses gants, il avait tout oublié de Sinziana. Et il aurait peut-être choisi de commencer quelque chose avec Araceli, malgré l’avis de son père, s’il n’avait pas fait la rencontre de Pénélope. »

Or, ce qu’Adrien ignore, c’est que Pénélope s’éprend de Gabriel, qui la presse de rompre avec Adrien : « Alors il lui a dit, avec fermeté, avec naturel, et avec facilité cette fois-ci, qu’elle devait choisir — il savait qu’elle devait agir avant que cette soudaine pitié qu’il ressentait pour elle ne la réduise à une chose si minuscule qu’il n’y aurait plus rien à aimer. »

Obsédé par la recherche de son père, dont sa mère lui a longtemps caché l’identité, Gabriel pourrait cependant mettre en péril sa relation avec Pénélope. Plaquée par Adrien, dont elle était la maîtresse, Araceli lui répète que son amitié la comble : « Des mensonges d’une telle magnitude qu’ils surpassaient dans la mémoire l’intensité de leur amour, aussi bien pour lui que pour elle. » S’ajoute au tableau une grossesse non désirée qui viendra chambouler davantage ces cœurs et ces corps fiévreux.

Bref, les mensonges et les secrets tiennent plus de place que l’amour dans ce qui est présenté comme une fable moderne sur les relations amoureuses. Il est important ici de retenir le mot fable puisque dans ce récit aux nombreuses ellipses, où Bindu Suresh se plaît à multiplier les allers-retours dans le temps, l’autrice décrit assez sommairement ses personnages, tant physiquement que psychologiquement. Tant les décors où ils évoluent que les métiers qu’ils exercent paraissent accessoires.

Si on ne s’attache pas aux membres du carré amoureux, on ne peut toutefois s’empêcher de dévorer ce court roman à la plume tonique afin de connaître le surprenant dénouement de ces marivaudages aux accents d’unromantisme noir.

26 noeuds

★★★

Bindu Suresh, traduit de l’anglais par Daniel Grenier, Marchand de feuilles, Montréal, 2021, 178 pages

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