Nos mains

Photo: Pixabay

Il y a mes cheveux qui ne regardent nulle part

Il y a cette journée qui commence et qui s’achève déjà

Il y a quelques années

 

Un peu avant d’écrire Les volcans sentent la coconut

J’ai été hospitalisé à l’Hôtel-Dieu

Mon hémoglobine était trop basse

 

J’attendais le verdict des médecins

Pour savoir si j’avais le cancer

Je pleurais en boule dans mon lit

 

Une infirmière s’est approchée très près de moi

Elle s’est penchée pour être à ma hauteur

Elle m’a tenu la main

Elle m’a chuchoté quelque chose

Je n’ai pas eu le courage de la regarder dans les yeux

Est-ce que ça t’est déjà arrivé ?

Serrer la main de quelqu’un

Que tu n’as jamais vu et que tu ne reverras plus ?

Ça m’est arrivé deux fois

Je te raconterai peut-être la deuxième fois

 

Un jour

Dans une autre vie

 

Quand on sera des chats

Ou des papillons de nuit avec du poil sur les pattes

 

C’était durant le long congé de Pâques

J’ai pris de la cortisone tous les jours

Le médecin est entré dans ma chambre

 

Il m’a annoncé que je n’avais pas le cancer

Il disait que j’avais une idiopathie

Je lui ai demandé :

Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?

J’ai un pouvoir

Celui de débouler les escaliers

 

Pour mourir

Et de revenir et revenir encore

 

Tout à l’heure

J’ai croisé un itinérant

Il m’a dit :

Peux-tu trouver la technologie qui a servi à créer notre planète ?

J’ai répondu non

Il m’a dit :

Ben c’est ça

On n’est pas si intelligents que ça

J’ai dit :

Non on n’est pas si intelligents que ça

Au loin

 

Il m’a crié :

Merci de m’avoir parlé

Pu personne me parle depuis la COVID

 

Je lui ai fait un thumbs up

Je l’aurais serré dans mes bras

J’ai tellement de projets à finir

J’ai tellement de défis à relever

Ça n’a rien de triste

C’est beau

C’est la vie

C’est comme être assis avec quelqu’un qu’on aime bien

On parle du temps qui passe

 

On rit

On demande à notre ami s’il veut encore quelque chose à boire

Il nous dit qu’il n’a plus soif

C’est normal

Regarde le temps

 

Il passe vite c’est vrai

Mais n’oublie pas que le temps est de ton côté

La seconde fois que j’ai serré la main

À quelqu’un que je n’ai jamais vu

C’est dans ce poème avec toi

Je ne te connais pas

 

Je ne sais pas ce que tu fais dans la vie

Mais je veux essayer quelque chose avec toi :

Tends le bras

 

Pis ouvre la main

Vois-tu ma main ?

Serre-la fort

 

Sens-tu ma main ?

Si tu la sens

 

Tu as peut-être un peu percé le mystère de la poésie

Et c’est une bonne chose

Ou pas

 

Je ne sais pas encore

Il y a encore trop de choses que je ne sais pas

 

Et que je ne saurai jamais

Et c’est correct

C’est vraiment correct

Ç’a l’air fou

Je sais

 

Je sais qu’on va se revoir

Mais penses-tu pouvoir me faire une promesse ?

Si un jour

 

On te demande :

As-tu déjà serré la main de quelqu’un

Que tu n’as jamais vu et que tu ne reverras plus ?

Tu pourras répondre :

Oui

 

Tu pourras répondre :

Une seule fois

 

Dans un journal

Avec un gars bien normal.

 
 

Le poème à Réhel fait une pause. De retour le 17 avril.

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