Joël Dicker se lance dans l’auto-édition

L’auteur de polars, Joël Dicker, a toujours dit qu’après Bernard de Fallois, il n’y aurait personne d’autre.
Joël Saget Agence France-Presse L’auteur de polars, Joël Dicker, a toujours dit qu’après Bernard de Fallois, il n’y aurait personne d’autre.

Le romancier suisse Joël Dicker a annoncé mercredi son intention de quitter son éditeur pour tenter l’aventure de l’auto-édition, un choix inédit pour un auteur aussi lu. Cet auteur de polars, très populaire depuis La vérité sur l’affaire Harry Quebert (2012), avait été repéré par les Éditions de Fallois, auxquelles il était resté fidèle jusque-là.

« Après dix années dans cette maison, et trois ans après la disparition de Bernard de Fallois à qui je dois tout, j’ai décidé de quitter les Éditions de Fallois à la fin de cette année 2021, a-t-il écrit dans un communiqué transmis à l’AFP. Ne m’imaginant pas avec un autre éditeur que celui qui m’a tout appris, c’est naturellement que je fais le choix de créer ma propre structure éditoriale, qui verra le jour le 1er janvier 2022. »

Bernard de Fallois est mort en janvier 2018 à l’âge de 91 ans, une trentaine d’années après avoir créé sa maison d’édition.

Joël Dicker a également précisé qu’il quittait ainsi Hachette (groupe Lagardère) pour rejoindre le réseau de distribution de son concurrent Editis (groupe Vivendi), Interforum. Il doit donner « plus de nouvelles » sur sa nouvelle maison d’édition « à l’automne », a-t-il indiqué.

D’après l’institut GfK, il a été en 2020 le cinquième auteur le plus lu en France, avec 735 000 exemplaires vendus, derrière Guillaume Musso, Virginie Grimaldi, Michel Bussi et Franck Thilliez.

De Fallois, qui espérait conserver le plus longtemps possible cet auteur, sans bénéficier de la puissance financière d’autres éditeurs parisiens, a souligné que Joël Dicker partait au sommet de sa gloire.

« Son dernier livre, L’énigme de la chambre 622 (sorti fin mai 2020) a dépassé nettement le score de ses romans précédents. C’est donc sous d’heureux auspices que la nouvelle maison, dont la création nous est annoncée pour le début de l’année prochaine, entreprendra son activité », a écrit cet éditeur dans un communiqué.

L’auto-édition est un pari difficile pour un écrivain, qui se retrouve lesté de tâches autres que l’écriture de ses livres, mais qui peut espérer en tirer, à ventes équivalentes, des revenus bien supérieurs.

Dans la bande dessinée, c’est le choix qu’avait fait la dessinatrice Lisa Mandel pour son album Une année exemplaire, qui rassemblait 365 dessins initialement publiés sur Instagram.

Dans le roman, s’auto-éditer est traditionnellement perçu comme l’échappatoire pour des auteurs inconnus qui se heurtent au refus des éditeurs. Certaines plateformes le permettent, les plus connues étant celles d’Amazon, et Librinova.

Pour des romanciers mieux connus et en rupture de ban avec les éditeurs, l’auto-édition assure une diffusion qu’ils contrôlent. Marc-Edouard Nabe, controversé pour ses prises de position politique, a ainsi fait ce choix à partir de L’homme qui arrêta d’écrire en 2010. Gabriel Matzneff, qu’aucun éditeur n’ose diffuser en raison du scandale provoqué par Le consentement, de Vanessa Springora en 2020, a ainsi publié Vanessavirus en 2021.

Joël Dicker, en revanche, compte tenu du nombre de ses fans, avec près de 94 000 abonnés sur Instagram, par exemple, n’aurait aucun mal à signer chez un autre éditeur. Mais comme il l’a rappelé sur cette plateforme : « J’ai toujours dit qu’après Bernard [de Fallois] il n’y aurait personne. »