Le Salon du livre de Québec critiqué pour ses maigres cachets aux écrivains

Pour l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) — qui compte plus de 1600 membres —, la situation est inacceptable
Photo: Jordi Ramisa Getty Images Pour l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) — qui compte plus de 1600 membres —, la situation est inacceptable

Le Salon international du livre de Québec (SILQ) se retrouve une nouvelle fois plongé dans la tourmente, critiqué cette fois-ci pour la rémunération « indécente » offerte aux auteurs pour animer des ateliers dans les écoles.

« Quand j’ai vu que ce serait payé 75 $, j’ai trouvé ça honteux. J’ai hésité à participer, honnêtement. On parle quand même du SILQ, un salon du livre important avec des invités internationaux de renom. C’est bizarre », confie au bout du fil un auteur québécois qui a requis l’anonymat par peur de représailles.

Il a récemment été contacté par sa maison d’édition pour proposer au mois d’avril une animation dans une école de la grande région de Québec, dans le cadre du SILQ. C’est la première fois que l’événement littéraire organise une telle activité puisque, habituellement, les groupes scolaires se déplacent au Centre des congrès de Québec.

Avec la pandémie, l’équipe du SILQ s’est adaptée en proposant que les auteurs rencontrent les élèves dans leur classe, dans le cadre des ateliers virtuels « On invite un auteur dans notre salon (classe) ! ». Le processus de sélection est encore en cours.

« Je fais souvent des animations dans les écoles. Le tarif, c’est 325 $ pour trois ateliers dans une même journée et ce n’est déjà pas énorme », reprend l’auteur.

Souhaitant faire connaître davantage son dernier livre aux plus jeunes et s’offrir une certaine visibilité, il a finalement accepté de « jouer le jeu » et a envoyé sa proposition d’animation. Le contexte de pandémie pèse aussi beaucoup dans la balance, reconnaît-il. La dernière année n’ayant « pas été évidente », il ne se voyait pas refuser la moindre proposition.

Il se dit tout de même chanceux de recevoir l’appui de sa maison d’édition, qui, outrée devant une rémunération aussi basse, compte doubler la mise. « C’est ridicule comme tarif, il fallait qu’on soutienne un minimum nos créateurs », confirme Angèle Delaunois, fondatrice et éditrice des Éditions de l’Isatis.

« Au SILQ, ils ne sont jamais très généreux, mais là, c’est vraiment cheap, dit-elle, offusquée. C’est un des salons qui offrent le moins aux créateurs, alors que c’est un des plus connus. C’est vraiment un manque de reconnaissance. » Mme Delaunois peine à comprendre comment l’équipe du SILQ a pu gérer son budget sans prévoir « un coussin pour payer les auteurs décemment ».

De son côté, la maison d’édition Les 400 coups a également décidé de donner un coup de main à ses auteurs, en leur offrant 125 $ en plus du cachet initial du SILQ. Son président, Simon de Jocas, se montre toutefois plus nuancé. « C’est très peu comme rémunération considérant le travail qu’on demande aux auteurs, la préparation en amont et la présence avec les élèves. […] En même temps, le salon est en transition, le directeur en poste [Daniel Gélinas] est là par intérim, on est en temps de pandémie, la dernière édition a dû être annulée… On ne connaît peut-être pas tout le contexte non plus. »

Au SILQ, ils ne sont jamais très généreux, mais là, c’est vraiment "cheap". C’est un des salons qui offrent le moins aux créateurs, alors que c’est un des plus connus. C’est vraiment un manque de reconnaissance.

 

Il rappelle de plus que certains salons du livre — dont celui de Montréal il y a encore quelques années — n’offrent rien aux auteurs pour ce type d’activité, considérées comme une occasion de faire la promotion de leur livre.

Une question de budget ?

Pour l’Union des écrivaines et des écrivains québécois (UNEQ) — qui compte plus de 1600 membres —, la situation est inacceptable. « Soixante-quinze dollars l’animation, ce n’est même pas le tiers du minimum établi par notre syndicat, soit 325 $, pour ces activités dans les écoles », fait valoir son directeur général, Laurent Dubois. Il assure que plusieurs dizaines d’auteurs l’ont contacté pour lui faire part de leur indignation.

M. Dubois explique avoir discuté avec le SILQ, qui lui aurait dit avoir un budget restreint pour ces ateliers. Une augmentation de la rémunération des écrivains mettrait en péril la tenue de ces rencontres.

Il n’a pas été possible de confirmer cette information puisque le SILQ a refusé de répondre aux questions du Devoir, comptant plutôt réagir mardi.

Chose certaine, cette situation vient démontrer le besoin de mieux encadrer le statut des écrivains, selon l’UNEQ, qui souhaite que les écrivains profitent des mêmes droits que les autres catégories d’artistes. Une idée que le syndicat défend ardemment auprès de Québec, qui est en train de réviser deux de ses lois sur le statut d’artiste.

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