«Rien dans le ciel»: soigner sa chute

Photo: Éditions Boréal, photomontage «Le Devoir»

Rares sont ceux qui maîtrisent l’art subtil de la nouvelle. Michael Delisle, également poète (Gisements, Le Noroît, 2019) et romancier (Dée, Leméac, 2002), fait partie du lot. Avec Rien dans le ciel, il confirme non seulement son talent à ébaucher en quelques traits des personnages crédibles, en lesquels on reconnaît son prochain ou soi-même, et de concocter des récits solides ne reposant pas que sur une chute surprenante, mais aussi son habileté à colliger des nouvelles sans que l’une fasse de l’ombre aux autres.

De fait, dans ce recueil joyeusement crépusculaire où l’auteur aborde frontalement les thèmes de la vieillesse, de la maladie, de la dépression, du deuil et de la mort, les huit récits semblent se faire écho, se répondre les uns aux autres. Il y a une telle unité de ton et une telle cohérence qui réunit ces univers — où la majorité des personnages sont des hommes ayant franchi la cinquantaine ou qui flirtent avec l’idée de la retraite — que l’on voudrait dire à ceux que ce genre littéraire rebute que Rien dans le ciel se lit comme un roman.

Certes, on pourrait croire avec ce titre que Michael Delisle verse dans le nihilisme, le pessimisme incurable ou le romantisme tragique. « Ma femme et moi venions de décider de divorcer. Le mot avait été prononcé et le verdict était sans appel. C’était la fin du monde » (« Notre-Dame de la Vie intérieure »). Que nenni ! L’auteur a de l’humour. Un humour souvent noir, doublé d’un regard d’une redoutable acuité sur notre propre finalité, que l’on retrouve dans des descriptions lapidaires — « La maison de mon oncle est morte » (« Je suis parent avec cet homme ») — ou des répliques douloureusement lucides : « Ouais, vieillir, c’est perdre. Quand tu vieillis, tu perds quelque chose à chaque jour… » (« Nuit sans lune »).

D’une tentative de suicide ratée à des situations désespérées, en passant par de terribles secrets de famille déterrés, se trouve dans chaque nouvelle une célébration de la vie, et ce, malgré « cette impression que la vie serait désormais sans surprise » (« La mort qui patine »).

Rien dans le ciel

★★★★

Michael Delisle, Boréal, Montréal, 2021, 135 pages

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