cache information close 

Pour lire bleu cet hiver

Les romans québécois qu’on a hâte de découvrir cet hiver.
Photo: Spencer Platt Agence France-Presse Les romans québécois qu’on a hâte de découvrir cet hiver.

Que ce soit à travers les thèmes explorés ou par les formes empruntées, les œuvres de fiction à paraître dans les prochains mois au Québec nous plongent dans des réflexions sur l’identité, les relations hommes/femmes, les liens familiaux et le rapport à l’écriture. Tout d’horizon en une poignée de fictions choisies.


« Ce livre marque un autre rapport au genre, à la forme, à l’écriture. Il y a quelque chose de beaucoup plus vulnérable, mais aussi de beaucoup plus risqué. Je ne me mesure pas à la certitude des formes. Je ne suis plus intéressée par les prothèses narratives, les personnages, les événements. Je veux retracer autre chose. Le mouvement d’effritement de la vie même. Je veux que mon écriture veille les nombreuses extinctions dont nous sommes témoins », annonce d’emblée l’écrivaine et traductrice Olivia Tapiero (Phototaxie, 2017) à propos de Rien du tout (Mémoire d’encrier), suite de fragments aux accents poétiques où elle « chante les mémoires minées ». (En librairie)


Dans Le roitelet (Québec Amérique), Jean-François Beauchemin (Sale temps pour les émotifs, 2019) se penche sur la fragmentation de l’identité en décrivant avec pudeur et délicatesse la relation fusionnelle entre un écrivain aspirant à la quiétude et son frère cadet souffrant de schizophrénie : « mon frère devenait peu à peu un roitelet, un oiseau fragile dont l’or et la lumière de l’esprit s’échappaient par le haut de la tête. Je me souvenais aussi que le mot roitelet désignait un roi au pouvoir très faible, voire nul, régnant sur un pays sans prestige, un pays de songes et de chimères, pourrait-on dire ». (En librairie)


Histoire d’amour et de deuil, Le fantôme de Suzuko (Héliotrope) explore un sujet traité dans le récent roman d’Olivier Adam, Tout peut s’oublier (Flammarion), celui des mystérieuses disparitions au Japon (quelque 100 000 par année sans que la police en fasse grand cas). Dans ce troisième roman, le philosophe et romancier Vincent Brault (Le cadavre de Kowalski, 2015) nous transporte ainsi au cœur de Tokyo sur les traces d’un Montréalais parti à la recherche de son amoureuse disparue dans de nébuleuses circonstances. (15 février)

 

Dans Celle qui ne craint pas la joie (Leméac), présenté comme l’un des plus puissants récits de Danielle Fournier (Le chant unifié, 2005), une femme, qui est devenue une proie, adresse une longue lettre à un homme qu’elle a rencontré afin de retrouver sa dignité. « Je ne regrette rien de vous. Les tragédies se produisent lentement, presque imperceptiblement, sans cris ni larmes, et demeurent gravées dans les esprits de ceux qui les ont vécues jusqu’à ce qu’elles soient reléguées au monde des tragédies mortes. » (6 mars)

À lire aussi

Tous les textes de notre édition spéciale, «Rentrée littéraire de l'hiver 2021»

Paroles de femmes

L’identité de genre est à l’avant-plan du premier roman de Gabrielle Boulianne-Tremblay qui, trois ans après avoir publié un premier recueil de poésie, Les secrets de l’origami (Del Busso éditeur), fait paraître le premier roman d’autofiction francophone écrit par une femme trans au Québec. Dans La fille d’elle-même (Marchand de feuilles), celle dont le talent d’actrice a été révélé dans Ceux qui font les révolutions à moitié n’ont fait que se creuser un tombeau (Mathieu Denis et Simon Lavoie, 2016) s’attache au destin d’une jeune fille que tous prennent pour un garçon. (25 février)

L’ex-rédactrice en chef de l’hebdomadaire Voir et directrice de création chez Cossette Chris Bergeron s’inspire aussi de sa propre expérience pour explorer le sujet de la transidentité dans Valide (XYZ), « roman autobiographique de science-fiction aux accents cyber-punk », à travers la révolution d’une femme trans dans le Montréal de 2050. « Aujourd’hui, comme depuis toujours, on nous chasse, on nous casse, on nous efface. Même si chaque jour je me tue avec ton aide, depuis maintenant six ans, ma disparition reste bien douce, si je la compare à celle de la plupart des membres de ma famille de cœur. Heureusement, il me reste encore un filet de voix, une petite vérité à te murmurer. » (31 mars)

Remises en question


S’il y a un roman qu’on attend impatiemment, c’est bien celui de Jean-Philippe Martel, qui publiait sa première offrande en 2012, Comme des sentinelles (La Mèche). Campé en 2013, en pleine crise de la charte des valeurs québécoises, Chez les sublimés met en scène un conseiller pédagogique ayant renoncé à la littérature qui, après avoir reçu la visite de deux amis d’enfance, se voit contraint d’héberger le premier à la demande du second. Or, ce dernier est obsédé par les fantômes du passé. À la fois portrait d’une génération aux rêves brisés et satire de notre société, le tout se veut aussi une réflexion sur le pouvoir, salvateur ou non, de l’art. (16 février)


En voilà une autre qui aime se faire attendre… Après neuf ans de silence, Marie Hélène Poitras, à qui l’on doit notamment Griffintown (2012), incursion privilégiée dans l’univers des cochers, revient au roman avec La désidérata (Alto), où des hommes, pourvoyeurs silencieux, engendrent depuis des générations des femmes au destin malheureux. Or, de vieux secrets de famille pourraient bien être déterrés lorsque se pointent à Noirax un amoureux éconduit en quête identitaire, une jeune femme qui veut changer le cours des choses et une mystérieuse personne. (6 avril)

« Plus j’y pense et plus je crois que je ne serais jamais revenu à la littérature si je n’étais pas passé par l’ébénisterie », confiait Sébastien La Rocque dans nos pages quelques mois après la publication de son premier roman, Un parc pour les vivants(2017). Dans Correlieu (Le Cheval d’août), l’écrivain, ébéniste et musicien livre une réflexion porteuse d’espoir sur la transmission et le patriarcat à travers la rencontre d’un vieil ébéniste de Mont-Saint-Hilaire et d’une jeune stagiaire. (6 avril)

Enfin, pour clore la saison avec éclat, quoi de mieux que la dernière offrande de l’acteur, metteur en scène et auteur Jean-Philippe Baril Guérard (Manuel de la vie sauvage, 2018) ? Surtout qu’on nous promet que Le monde d’après (Ta Mère) sera un événement littéraire : «[…] t’as accepté que tu faisais partie des détraqués : si on détourne le regard de toi, t’arrêtes d’exister. […] Ça a jamais posé problème jusqu’à ce soir, où tu vas entrer dans ce party, où tu vas te torcher la gueule pour ramasser ton courage, et où tu vas tenter de conquérir ta spectatrice la plus difficile : moi. Et voici ce qui va arriver : tu t’en remettras pas. » (27 avril)


Veuillez noter que toutes les dates mentionnées dans cette édition sont sujettes à changement en raison de la pandémie qui bouscule bien des prévisions.


 

Un roman à clics?

Décidément, Fanie Demeule n’a pas fini de nous surprendre. Après nous avoir tenus en haleine avec son thriller capillaire Roux clair naturel (Hamac, 2019), l’autrice de Déterrer les os (Hamac, 2016) s’intéresse une fois de plus aux obsessions alimentaires. « Tout est dans le son ; le grincement des ustensiles, le frottement des contenants en styromousse, la mastication, les succions lentes, les voluptueuses déglutitions. L’orgie commence. Le gras peut enduire les lèvres, les doigts, les leurs, les miens par procuration. » Dans Mukbang (Tête première), une jeune femme se met en tête de détrôner une célèbre championne de mukbang, phénomène culinaire consistant à s’empiffrer en ligne en échangeant avec les internautes. En résulte un portrait de société que l’on dit grinçant et insolite auquel le lecteur est invité à participer grâce à un système d’hyperliens. (27 avril)